
Depuis des années, l’exécutif repousse la mise à jour noir sur blanc d’une Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). “C’est imminent”, assure Bercy enfin prêt à publier le “mix” – la proportion réservée à chaque source d’énergie. En réalité, décrochage de la productivité et paralysie politique rendent l’exercice d’une visibilité à long terme infaisable. D’autant que les “représentations”, en clair les perceptions des citoyens et des politiques, creusent la méfiance envers une rationalité climatique recourant aux mécanismes du marché. Le “tout électrique” décarboné suppose un mix d’investissements publics et privés d’une soixantaine de milliards d’euros par an qu’aucun leader ne semble prêt à vendre à son électorat. Comment en effet garantir et calculer la rentabilité de tels capitaux. Comment mesurer les conséquences des options proposées dans le mix, par exemple sur plus ou moins de nucléaire, d’éolien ou de fossile.
“Décrochage de la productivité et paralysie politique rendent l’exercice d’une visibilité à long terme infaisable”
Ce no man’s land d’incertitudes laisse le champ libre à l’efficacité des simplismes. La mise en cause de la “cherté” des tarifs de l’électricité sans prise en compte du coût des investissements est un classique sur tous les bancs de l’Assemblée nationale. Les députés RN ont compris que les éoliennes terrestres sont rejetées par les habitants. Résultat, ils n’en veulent plus. Plus technique, le lobby nucléaire dénonce le détournement de subventions dirigées vers des énergies renouvelables probablement à terme en surcapacité productive. Pour l’authentifier par des calculs, encore faut-il savoir où s’arrêtera la jauge de la demande électrique dans vingt ans. Dans cet univers incertain, les Insoumis montrent leur sens géopolitique en ouvrant un débat interdit. Manuel Bompard, député de Marseille, coordinateur de LFI, demande à l’Union européenne de préparer un partage équilibré des achats de gaz entre la Russie et les États-Unis. Pas de boycott post-guerre des hydrocarbures de Moscou ! Au nom du non-alignement, LFI renoue ainsi avec la mémoire historique des pays du tiers-monde. Les ressorts de la guerre de l’énergie sont inépuisables.
Jean-Michel Lamy
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