Le parquet en Libye a annoncé, mercredi 4 février, avoir ouvert une enquête sur l’assassinat mardi de Saïf Al-Islam Kadhafi, fils du dirigeant Mouammar Kadhafi, mort en 2011, dans un pays divisé où le chef du conseil présidentiel a appelé les différentes factions à la retenue.
Le bureau du procureur a indiqué qu’une équipe accompagnée de médecins légistes et d’experts s’était rendue mardi à Zinten, dans l’ouest du pays pour examiner la dépouille de celui qui a longtemps été considéré comme le successeur potentiel de son père, à la tête de la Libye pendant plus de quarante ans. Dans un communiqué, le parquet a confirmé une mort par balle, et commencé les investigations pour tenter d’identifier et retrouver les suspects.
Appelant à « attendre les résultats », le chef du conseil présidentiel (un organe censé être neutre et représentant les trois principales régions libyennes), Mohammed Al-Menfi, a exhorté les « forces politiques, les médias et les autres acteurs à la retenue dans le discours public ».
L’assassinat de Saïf Al-Islam Kadhafi a suscité de nombreuses interrogations autour des acteurs politiques qui pourraient en tirer profit et du mode opératoire, certains l’imputant à des professionnels qui auraient désactivé les caméras de surveillance avant d’agir.
Recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, Saïf Al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le sud de la Libye. Il avait été condamné à mort en 2015 par les autorités qui contrôlaient à l’époque Tripoli, à l’issue d’un procès expéditif, avant de bénéficier d’une amnistie. Jusqu’à l’annonce de sa mort, on ne savait pas exactement où il se trouvait.
Longtemps vu comme le successeur potentiel de son père avant la chute du régime en 2011, l’homme de 53 ans s’était évertué à se forger une image de modéré et de réformateur. Une réputation qui s’était effondrée quand il avait promis des « rivières de sang » au début de la rébellion. Fin 2021, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime, mais l’élection n’avait pas eu lieu.
« Aucune impunité » promettent les autorités
Depuis la chute et l’assassinat de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver sa stabilité. Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdel Hamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.
M. Menfi, nommé en 2021 à la tête du conseil présidentiel en même temps que M. Dbeibah, a assuré qu’il n’y aurait « aucune impunité », admettant cependant comprendre les « préoccupations » de ceux qui redouteraient le contraire dans un pays au système judiciaire encore fragile. Il faut, a-t-il dit, éviter « toute incitation à la haine » susceptible de « saper les efforts de réconciliation nationale et la tenue d’élections libres et équitables ».
Aucune information officielle n’était disponible dans l’immédiat sur les funérailles de Saïf Al-Islam Kadhafi. Sur les circonstances de sa mort, son avocat français Marcel Ceccaldi a déclaré à l’Agence France-Prese que son client avait été tué dans la maison où il résidait à Zinten par « un commando de quatre personnes », encore non identifiées.
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