« L’inscription de la liberté académique dans notre Constitution érigerait un rempart juridique »

Partout dans le monde, la liberté académique est menacée. En 2024, l’Academic Freedom Index (AFI) constatait que l’indice de liberté académique – qui mesure, sur le plan individuel, le degré de liberté de rechercher, d’enseigner, d’échanger et de diffuser, et sur le plan institutionnel, l’autonomie des universités – enregistrait un net recul dans 34 pays sur les 179 recensés dans l’index.

Le rapport 2025 de l’AFI souligne ainsi, aux Etats-Unis, « une pression sans précédent » de l’administration de Donald Trump sur la science : depuis janvier 2025, on ne compte plus dans ce pays les attaques antiscience contre les universités (coupes budgétaires, législations restrictives…).

En France aussi, depuis quelques années, les incidents se multiplient de façon inquiétante et sont réglés sans véritable ligne directrice : la liberté académique justifie simultanément interdictions et refus d’interdictions. Pour la défendre, certains responsables d’établissement refusent d’accueillir telle conférence ou annulent tel colloque, souvent, d’ailleurs, en se bornant à invoquer le risque de trouble à l’ordre public.

A l’inverse, d’autres laissent se dérouler des rassemblements glorifiant des actes terroristes ou diffusant des propos haineux, sans oublier les nombreux actes antisémites – un par semaine, selon le ministre de l’enseignement supérieur – qui affectent désormais nos universités et ne sont pas systématiquement poursuivis.

Guide pratique

Or, la liberté académique n’est pas l’anarchie académique : les autorités universitaires doivent protéger les enseignants contre les accès d’intolérance des étudiants, et réciproquement. De fait, les menaces qui pèsent sur la liberté académique proviennent aujourd’hui autant de l’extérieur que de l’intérieur de l’université.

La proposition de loi déposée par le sénateur Adel Ziane (Parti socialiste, Seine-Saint-Denis) et examinée le 11 février au Palais du Luxembourg a pour objet d’inscrire la liberté académique dans le code général de l’éducation et tire les conséquences institutionnelles de cette reconnaissance dans les établissements d’enseignement et de recherche. Mais, parce que l’enjeu dépasse l’enseignement et la recherche et touche à nos valeurs républicaines, menacées de toutes parts, pérennisons aujourd’hui cette liberté et rendons-la irréversible.

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