
Ainsi, nous n’honorerons pas notre dette morale – ou si peu. Nous laissons tomber ceux sans qui l’organisation Etat islamique (EI) n’aurait pas été vaincue en 2017. Souvenons-nous : l’EI était la forme la plus toxique du djihadisme islamiste. Le groupe faisait trembler Américains et Européens, et était en passe de changer le profil du Moyen-Orient. Sans les Kurdes, et plus spécifiquement les Kurdes de Syrie, l’EI eût été plus mortifère, et sans doute plus longtemps encore.
Les Kurdes avaient le soutien des Occidentaux, et surtout celui des Etats-Unis. Ceux-ci viennent de le leur retirer : Washington abandonne ses alliés d’hier. Les aléas de l’atroce guerre civile qui ravagea la Syrie de 2011 à 2024 avaient permis à la minorité kurde (3 millions sur 23 millions) de se tailler un fief, une région autonome, dans le nord-est du pays. Les Kurdes l’appelaient le « Rojava ». « L’accord » que le nouveau maître de Damas, Ahmed Al-Charaa, a imposé vendredi 30 janvier aux chefs du parti kurde syrien met fin à l’expérience du Rojava. Elle aura duré douze ans – sans menacer personne.
On entend l’argumentaire de l’école réaliste, la petite musique de la raison d’Etat. Il faut aider celui qui donna le coup de grâce à la tyrannie kleptomane de la famille Al-Assad à la tête de la Syrie. Il faut réunifier un pays traumatisé par ses guerres intérieures, lesquelles étaient largement inspirées de l’extérieur. Il faut reconstruire l’Etat syrien. Il y va de la stabilité de la région. C’est une affaire syro-syrienne. Il faut respecter la souveraineté de Damas : le soutien à telle ou telle minorité relèverait d’un néocolonialisme que condamneraient tous les Etats arabes. Mais s’agit-il de n’importe quelle minorité ?
Kobané, automne 2014. Majoritairement kurde, cette petite ville syrienne, frontalière de la Turquie, est assiégée par les hordes en 4 × 4 de l’EI. Rien ne résiste alors aux hommes d’Abou Bakr Al-Baghdadi. Ils ont formé un début de « califat » entre l’Irak et la Syrie. Ils volent de succès en succès, drapeau noir en bandoulière, attirant dans leurs rangs des milliers de musulmans européens.
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