Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Alpine pour rebâtir une légitimité que beaucoup croyaient perdue à jamais. Le retour de l’A110 en 2017, avec son châssis en aluminium et son tempérament assez sauvage, avait secoué le petit monde de l’automobile. Il avait surtout prouvé qu’une voiture moderne pouvait être légère, précise et accessible sans sacrifier l’émotion. Et maintenant ? La marque recommence tout ou presque avec une version électrique de son icône.
Présentée officiellement pour 2027, en coïncidence calculée avec le dixième anniversaire du retour de la marque, cette nouvelle A110 électrique sera bâtie sur l’Alpine Performance Platform, la même structure qui propulse le Renault 5 Turbo 3E, cette curiosité de collectionneur électrique vendue 160 000 euros et avec 555 équidés sous le capot.
555 chevaux et 1 500 kg : l’équation impossible ?
Sur le papier, les chiffres font rêver : plus de 550 ch, une batterie de 70 kWh logée derrière les sièges pour abaisser le centre de gravité, une recharge à 350 kW pour ne pas perdre trop de temps en route. Le directeur de la marque, Philippe Krief, promet même “une position de conduite à la Formule 1, pieds surélevés, corps allongé vers l’arrière”.
Mais il y a un mais. Là où l’A110 actuelle caracolait sous les 1 100 kg, sa remplaçante devrait approcher les 1 500 kg. Soit 400 kg supplémentaires, l’équivalent de deux passagers costauds qui ne descendent jamais de la voiture. C’est le tribut inévitable de l’électrique. Alpine avance que la puissance compensera la masse, et c’est mathématiquement vrai. Mais les pilotes qui ont aimé le mordant chirurgical du moteur quatre cylindres au centre de la voiture savent bien que les chiffres bruts ne racontent pas tout. Une sportive, ça se ressent. Et 400 kilos, ça se ressent aussi.
Futuriste, pas rétro : un pari stylistique
Si l’A110 actuelle jouait la carte de la nostalgie avec ses formes rondes héritées de la Berlinette des années 1960-70, la nouvelle génération rompt délibérément avec cet héritage esthétique. Philippe Krief l’a dit sans détour : “exit le rétro, place au futurisme”. Une direction artistique risquée, car c’est précisément ce charme intemporel qui avait conquis tant de clients.
En revanche, la promesse d’un intérieur centré sur les commandes physiques plutôt que sur les écrans tactiles est une excellente nouvelle. À l’heure où l’industrie noie ses habitacles sous des dalles de verre répondant mal aux gants et pire encore par temps froid, Alpine affirme vouloir préserver une expérience analogique. Des boutons, des cadrans, du tangible. C’est peut-être là que réside le vrai ADN de la marque : dans le refus de suivre la mode pour la mode.
L’objectif d’endurance est clairement affiché : la batterie doit tenir trois tours complets de la Nordschleife à rythme de course, ou offrir une autonomie WLTP proche des 500 km en usage normal. Un cahier des charges somme toute assez ambitieux. Reste la question du prix. Avec pour seules références le Renault 5 Turbo 3E à 160 000 euros et l’A110 R Ultime à 265 000 euros, difficile d’imaginer un tarif raisonnable. Si Alpine veut toucher un public au-delà des collectionneurs fortunés, elle devra trouver un positionnement cohérent, et convaincre que son A110 électrique n’est pas juste une supercar de plus, mais bien la suite logique d’une aventure commencée dans les années 1960 sur les routes sinueuses de Normandie.
Marques et modèles :ALPINEA110 (2017)
Alpine A110 : la fin du thermique, le début de quoi exactement ?
Alpine A110 électrique : 550 ch, 1 500 kg, plateforme inédite. La légende de Dieppe se réinvente en 2027 : plus puissante, plus lourde, et toujours promise à faire frissonner. Reste à savoir les prix et surtout les performances de la future berlinette électrique.
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