Laure Murat, historienne : « Les citoyens de Minneapolis montrent une détermination exemplaire et donnent une leçon de démocratie »

A intervalles réguliers depuis la fin des années 1980, la presse américaine a demandé à Donald Trump quand il allait se décider à se présenter à l’élection présidentielle. A chaque fois, l’homme d’affaires et de télé-réalité répondait la même chose : « Ce n’est pas le bon moment. » Lorsque, le 16 juin 2015, il décida de déclarer sa candidature, ce fut l’hilarité générale. Les sondages le classaient bon dernier, y compris dans son propre camp dans d’éventuelles primaires, où il était considéré comme un bouffon. Lui traitait les politiciens d’« imbéciles », les journalistes d’« idiots », les Mexicains de « violeurs » et l’Amérique de « dépotoir ». On connaît la suite.

Cette perspicacité patiente dans le choix du « bon moment » et du style adéquat à la situation aurait dû suffire à classer l’affaire : non, Donald Trump n’est pas « fou ». Outre qu’elle est insultante pour les fous, cette accusation, inéluctable serpent de mer, présente un danger majeur : considérer Trump comme un malade mental, c’est l’exonérer tout en l’érigeant en exception, et vider de son contenu politique une prise de pouvoir mûrement réfléchie, née de son rapprochement, dès 2009, du Tea Party, des évangéliques, de Steve Bannon ou du vieux briscard républicain Newt Gingrich, dont le pamphlet Language : A Key Mechanism of Control (« le langage, un mécanisme de contrôle », 1990) dresse la liste des mots « positifs » et « négatifs » à utiliser pour des discours « efficaces ». On y trouve tout le vocabulaire de Trump, de « common sense » à « pathetic ».

Non seulement Trump n’est pas fou, mais il est dangereux car il a, après le coup d’essai d’une première présidence brouillonne et erratique, un programme très construit. Et ce programme est disponible : ce sont les 900 pages de Project 2025, publié par la Heritage Foundation, un think tank ultraconservateur et climatosceptique, qui traitait Donald Trump de « clown » en 2016.

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