L’après carrière des pros du football amateur : « J’ai eu vite la peur d’être sans rien », raconte Clément Janin

Comment vous êtes-vous retrouvé à ce poste tout en jouant au football ?

Lorsque je suis arrivé, j’ai bénéficié d’un contrat aidé avec quelques interventions sur l’école de football mais une grosse partie consacrée aux entraînements et au match. Pendant deux ans, je me suis consacré au foot. Puis très rapidement, j’ai vite senti qu’il me serait difficile d’aller plus haut que N2, j’avais le stress de l’après-carrière mais aussi de me retrouver sans rien si le club ne voulait pas me garder. Je suis alors resté salarié du Stade Bordelais mais avec un réel emploi d’éducateur sportif à temps plein et une licence amateur. Les entraînements étaient le matin, parfois il y avait deux séances, des soins l’après-midi. Avec les matchs en plus le week-end, les rythmes étaient intenses. Mais au fil des opportunités, on m’a fait confiance et m’a proposé des postes. Je suis devenu responsable de section, puis directeur adjoint en 2024. Et en septembre dernier, on m’a proposé celui de directeur.

N’avez-vous pas eu des possibilités de signer un contrat fédéral ?

J’ai eu un peu des contacts chaque année, avec une ou deux belles propositions concrètes. J’ai hésité. Mais je devais quitter Bordeaux, mon emploi, pour un contrat d’un ou deux ans et j’ai privilégié la stabilité au défi sportif.

Vos coéquipiers vous regardaient-ils avec étonnement ?

Je n’ai jamais été le seul à avoir une autre activité : il y avait toujours quelques joueurs en fin de carrière qui étaient en recherche. Mais 90 % de mes coéquipiers de mon âge ne faisaient que du foot. Quand eux partaient à la sieste, moi j’allais bosser. Et quand on rentrait le dimanche soir et qu’ils disaient qu’ils allaient pouvoir se reposer, moi je devais attaquer ma semaine. Ils me disaient que je me tuais au boulot quand on pouvait vivre de notre passion. Beaucoup sont passés par des centres de formation et lâcher cette ambition est compliqué. Les deux points de vue se défendaient.

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Connaissez-vous des ex-coéquipiers aujourd’hui en difficulté ?

Pas à ce point, mais beaucoup se cherchent. Ils n’ont fait que du foot, se rendent compte de la difficulté du marché du travail actuel. Encore plus si vous cherchez un emploi qui vous épanouit après quinze ans de foot. C’est difficile de passer à des tâches qui les passionnent moins. Ceux que je connais changent régulièrement.

Vous êtes passé du côté dirigeant. Pensez-vous que les clubs de N2, N3, R1 devraient faire plus de sensibilisation ?

À ces niveaux, les clubs sont de plus en plus structurés et cherchent à ce que les joueurs soient le plus performants. Avec le resserrement des championnats, la N2 devient professionnelle. Mais sur la N3 ou R1, c’est de plus en plus compliqué financièrement de proposer des contrats à part pour quelques gros. Ici (en Régional 1), il y en a quelques-uns mais la section privilégie désormais un recrutement local, des joueurs déjà implantés.

Est-ce une problématique que vous voyez dans d’autres sports ?

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