L’analyse de l’économie réelle est renvoyée à 2027

Economie et Politique,
La chronique de Jean-Michel Lamy

Comme une impression étrange à Matignon. Sébastien Lecornu rêve de transformer le compromis passif conclu sur les affaires budgétaires 2026 avec le Parlement en compromis actif sur quelques dossiers minimalistes. Les bienvenus plans “logement” et “agriculture” ne représentent que de petits pas d’urgence. L’essentiel se résumait et se résume à la survie politique des comptes de l’État grâce au rejet de la censure. Ce fut le cas à 29 voix de députés près, bulletins RN et LFI mêlés. Au prix de reculades “culturelles” qui pèseront longtemps sur les chances de traiter avec succès les reculades économiques de la France.

L’analyse de l’économie réelle renvoyée à 2027

Étonnamment, en Hémicycle, les contre-budgets des deux partis leaders en opposition radicale n’auront jamais été sérieusement ni débattus ni expertisés pour leurs conséquences concrètes sur la vie des Français. Non moins étonnamment, les immenses soubresauts à naître de la grande régression déficitaire des deux lois de finances adoptées (Sécurité sociale et État) ne l’ont pas été non plus. Il n’aura été question que d’une dialectique de surface entre avancées sociales arrachées par le groupe charnière “non-censure” des 69 députés socialistes et freins serrés par Matignon sur les dépenses au nom d’un horizon comptable vite qualifié d’horizon des riches. Encore plus surprenant, la macronie a renoncé à défendre mordicus les 60 milliards d’euros de baisses d’impôt et la politique de l’offre pour ne pas froisser les dirigeants PS “négociateurs ès compromis”. Les vieux verrous antiréforme ont regagné en honorabilité. Notamment sur les retraites. Les vieux réflexes dressant les “petites entreprises” contre les “grosses” ont repris du service. À l’inverse de leur nécessaire imbrication.

“Un budget dangereux”, déclarait à l’issue du scrutin Mathilde Panot, présidente du groupe Insoumis à l’Assemblée nationale. Dangereux pour qui ?”

“Un budget dangereux”, déclarait à l’issue du scrutin Mathilde Panot, présidente du groupe Insoumis à l’Assemblée nationale. Dangereux pour qui ? Les troupes de Jean-Luc Mélenchon ont pour mantra le saut supplémentaire dans l’étatisation de vie économique par des vagues submersives de dizaines de milliards d’euros de dépenses publiques et d’impôts. Une “rupture” qui ignore la dynamique des interdépendances économiques. Par la même indulgence mimétique, le RN vogue sans retenue sur un menu croquant le “désastre macronien” pour le remplacer par l’ébranlement majeur de deux piliers fondateurs, les traités européens et les frontières de l’État de droit. Encore faut-il en mesurer les ondes de choc en retour. Par facilité, ce genre d’analyse sur les comportements de l’économie réelle est renvoyé à la présidentielle de 2027. Le positionnement politique de candidats, fascinés par les sondages, fascine davantage.

Le totem des 5 % de PIB de déficit public

En revanche, l’angoisse du gardien des comptes publics 2027 est déjà à son comble. Sébastien Lecornu le sait. La “diplomatie du perron” cherchant à convaincre des bienfaits de la stabilité institutionnelle aura beaucoup de mal à se frayer un chemin face à la séduction des mirages alternatifs d’une campagne présidentielle. C’est pourquoi l’exécutif minoritaire s’est accroché au totem de 5 % maximum de PIB de déficits publics. Dans les couloirs du ministère de l’Écomonie, chacun veut se convaincre que la méthode du compromis “a fait rentrer dans la tête cet objectif”. Et d’ajouter que les liens créés avec des groupes politiques qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble constituent un acquis pour les débats de finances publiques de l’automne prochain.

“L’exécutif minoritaire s’est accroché au totem de 5 % maximum de PIB de déficits publics. Constituant la vraie raison qui enlève toute possibilité de réformes fortes, souvent coûteuses au démarrage en investissement”

Ces 5 % correspondent en fait à la face la plus tragique des finances publiques 2026. Ils constituent la vraie raison qui enlève toute possibilité de réformes fortes, souvent coûteuses au démarrage en investissement. Certes, Bercy déploie un argumentaire. Le voici. Le déficit s’améliorera de 0,4 point par rapport à 2025, dont environ 0,2 point en moins de dépenses publiques et 0,3 point en plus d’impôts ciblés sur 300 grandes entreprises. Les dépenses des trois administrations ralentiraient en volume à plus 0,8 % en 2026 après plus 1,7 % en 2025 et plus 2,1 % en 2024. Ces satisfecit sont vite effacés par une mécanique infernale déclenchée en dessous des radars.

Irresponsabilité politique

Quelle est-elle ? Les agences de notation ne sont pas les seules à refuser de croire au respect d’une trajectoire tenant les 3 % de déficits en 2029. Nul présidentiable ne gagnera en affichant un montant minimal d’économies effectives de 100 milliards d’euros sur quatre ou cinq ans. Comment alors alerter l’opinion publique ? La facture des charges d’intérêt de la dette en passe d’atteindre 70 à 80 milliards d’euros annuels peut aider la prise de conscience collective. Le plus tragique réside dans un calcul de coin de table. Lorsque les taux d’intérêt réels des emprunts à dix ans (hors inflation) deviennent supérieurs au taux de croissance en volume (hors inflation), la dette augmente sans stabilisation possible et devient insoutenable. Eh bien, la France entre dans ce schéma funeste. Des techniques permettent de retarder l’échéance, mais le mouvement de l’horloge est inexorable.

“La légèreté des élites politiques devant la situation financière du pays restera dans l’histoire”

Sur ce front, la légèreté des élites politiques devant la situation financière du pays restera dans l’histoire. C’est ce qui explique la posture passe-muraille de Sébastien Lecornu. Tout pour éviter l’accident de marché. Surtout ne susciter aucune mutinerie budgétaire dans les rangs du bloc central ou… du PS. Surtout rien qui fâche. Oubliées toutes les réformes structurelles. Exit la refonte de la décentralisation ou de l’assurance-chômage. Une thérapie de choc réorientant le modèle vers la production ? N’y pensez pas. Seul élément de substance, devrait survivre une programmation énergétique (voir Le Billet).

Le drame dans le drame prend sa source dans des négociations sociales en déshérence. Au point que le patronat lance en solo des initiatives pour insuffler de l’oxygène au marché du travail des jeunes. Les syndicats en ont été informés lors d’une rencontre. Mais pas le gouvernement, façon de lui signifier son inutilité, sinon sa nuisance.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lenouveleconomiste.fr/lanalyse-de-leconomie-reelle-est-renvoyee-a-2027-132136/