« La Méditerranée reste la route migratoire la plus meurtrière au monde »

Encore une fois, la Méditerranée a fait des victimes qui n’auraient jamais dû perdre la vie. Le 6 février, un canot pneumatique transportant cinquante-cinq personnes a chaviré au large des côtes libyennes. Cinquante-trois migrants sont désormais morts ou portés disparus. Seules deux femmes ont survécu. L’une a perdu son mari. L’autre a perdu ses deux bébés.

Ce type de décès ne fait généralement les gros titres que si les chiffres sont suffisamment élevés ou les détails suffisamment choquants. Puis l’actualité passe rapidement à autre chose. Encore moins d’attention est accordée à la vérité inconfortable qui se cache derrière ces drames : elles sont le résultat prévisible d’échecs politiques, d’une exploitation criminelle et d’un débat mondial sur la migration devenu dangereusement déformé, et elles sont largement évitables.

La Méditerranée reste la route migratoire la plus meurtrière au monde. Depuis le début de cette année, au moins 484 migrants ont déjà été signalés morts ou portés disparus, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, soit près d’un tiers des 1 340 vies perdues sur cette route durant toute l’année 2025, une accélération alarmante. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ils représentent des familles, des avenirs, des compétences et des espoirs, des personnes poussées à risquer leur vie en mer à la recherche de sécurité ou d’opportunités.

La géographie change, mais la dynamique est la même ailleurs. Dans la Manche, l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, au moins 36 personnes ont perdu la vie en 2025 en tentant la traversée vers le Royaume-Uni, un rappel brutal que même les trajets courts deviennent mortels lorsque les gens ont le sentiment de n’avoir aucun choix.

Nous devons être clairs sur la question des responsabilités. Les réseaux de passeurs et de traite de migrants sont au cœur de cette crise, des entreprises criminelles sophistiquées qui tirent profit du désespoir. Ils envoient délibérément des personnes en mer dans des embarcations surchargées et impropres à la navigation, même pendant des tempêtes violentes. Ce n’est pas seulement de l’indifférence irresponsable, c’est un mépris absolu pour la vie humaine.

Il vous reste 59.06% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/13/la-mediterranee-reste-la-route-migratoire-la-plus-meurtriere-au-monde_6666637_3232.html