« La course au grotesque géopolitique doit être prise très au sérieux »

Depuis plus d’un an, un phénomène politique troublant s’est amplifié à l’échelle mondiale. De Donald Trump aux Etats-Unis à Javier Milei en Argentine, en passant par Nayib Bukele au Salvador et Vladimir Poutine en Russie, tout une génération de chefs d’Etat déploie des stratégies de communication qui sidèrent les démocraties.

Nous subissons au plan transnational le règne politique de l’outrance calculée. A première vue, ces présidents semblent n’avoir rien en commun. Pourtant, ils partagent une méthode : la transgression permanente des codes démocratiques par la provocation, l’outrance et le spectacle. Javier Milei brandissant une tronçonneuse pour symboliser ses coupes budgétaires, Trump multipliant les déclarations scandaleuses sur les réseaux sociaux, Bukele se photographiant dans les prisons qu’il contrôle d’une main de fer : ces mises en scène ne sont pas des dérapages, mais une stratégie délibérée et assumée.

Le grotesque politique n’est pas nouveau. L’histoire regorge de figures burlesques et de bouffons du pouvoir. Mais aujourd’hui, nous assistons à son instrumentalisation systématique. Ces leaders ne subissent pas le ridicule : ils le cultivent, le revendiquent, en font leur signature. Cette posture présente un double avantage : elle capte l’attention médiatique, tout en rendant la critique inefficace. Comment attaquer quelqu’un qui se moque déjà de tout, y compris de lui-même ? Conçu à Washington, le rapt du président vénézuélien, Nicolas Maduro, enlevé dans son lit à Caracas, le 3 janvier, n’est pas un épiphénomène, mais la rampe de lancement d’opérations politiques de déstabilisation visant d’autres pays, de Cuba au Nicaragua, du Groenland à l’Iran. La course au grotesque géopolitique doit être prise très au sérieux.

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