Fin du traité New Start : le mauvais signal sur les armes nucléaires

Le dernier traité de contrôle des armes nucléaires encore en vigueur entre les Etats-Unis et la Russie arrive à son terme jeudi 5 février et c’est une mauvaise nouvelle pour le monde entier. Ce traité, New Start, avait été conclu en 2010 par les présidents Barack Obama et Dmitri Medvedev. Il s’inscrivait dans la continuité des accords SALT sur les armes nucléaires en imposant aux deux pays signataires une limitation du nombre d’ogives déployées et une limitation du nombre de lanceurs stratégiques déployés et non déployés.

Vladimir Poutine porte la responsabilité d’une situation inédite, le non-renouvellement du traité depuis la fin des années 1960. Un an après le début de l’invasion de l’Ukraine, en 2023, le maître du Kremlin avait avancé comme justification à la fin de New Start l’« hostilité extrême » de Washington sous la présidence du démocrate Joe Biden. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche ne l’a pas fait changer d’avis, en dépit de la déférence témoignée par ce dernier à l’encontre d’un responsable qui fait par ailleurs l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale.

Le président républicain n’est d’ailleurs pas exempt de reproches dans cette reculade sur la question de la maîtrise des armements nucléaires. Lors de son premier mandat, il avait déjà retiré son pays de l’accord encadrant le nucléaire iranien, une rupture qui explique l’escalade de juin 2025 et les risques en cours d’un embrasement régional.

Donald Trump s’était également affranchi de deux traités avec la Russie, en 2019 et en 2020. Le premier, relatif aux forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI), avait été signé à Washington en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Il avait permis à l’époque la destruction de la totalité des missiles nucléaires d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. Le second, sur le régime « Ciel ouvert », permettait une observation aérienne mutuelle entre pays des anciens blocs de l’Est et de l’Ouest. Signé en 1992, il était entré en vigueur en 2002.

Le président américain Barack Obama et son homologue russe, Dmitri Medvedev, lors de la signature du traité New Start, au château de Prague, le 8 avril 2010. Le président américain Barack Obama et son homologue russe, Dmitri Medvedev, lors de la signature du traité New Start, au château de Prague, le 8 avril 2010.

On pourrait se rassurer en constatant que ces traités étaient pour certains dépassés et en rappelant que, du fait du coût de ce type d’armement, une surenchère n’est pas forcément à attendre à court terme. Le nombre de têtes nucléaires dont disposent actuellement les Etats-Unis et la Russie reste par ailleurs cinq fois inférieur à ce qu’il était pendant les pires heures de la guerre froide.

Ce serait cependant oublier qu’avec la fin de ces traités une véritable culture commune de la limitation de l’arme suprême risque de disparaître. L’enterrement de New Start marque ainsi le début d’un nouvel âge de la dissuasion nucléaire, et il est inquiétant. Il peut en effet être propice à des formes de prolifération à la fois horizontales, qui renvoient à l’accroissement du nombre de pays dotés, et verticales, marquées par l’augmentation de la taille de leurs arsenaux respectifs. La Chine, partie plus tard dans cette course à la puissance, entend ainsi combler son retard par rapport à la Russie et aux Etats-Unis.

Ce nouvel âge s’accompagne de la relativisation de ce qui fut longtemps un tabou. Les menaces irresponsables de Vladimir Poutine de recours à des armes nucléaires tactiques contre des pays de l’OTAN, dans le contexte de la guerre en Ukraine, en témoignent. A l’heure du règne de la force et du mépris des normes internationales les plus élémentaires, le chacun-pour-soi nucléaire peut mener au chaos.

Le Monde

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