La Formule 1 ne se joue pas seulement en piste. À quelques semaines du Grand Prix d’Australie et surtout de l’homologation des unités de puissance fixée au 1er mars, Mercedes est plongée dans une bataille technique et politique qui pourrait redéfinir le début de l’ère 2026.
Au cœur du débat : le contrôle du taux de compression. Une règle qui prévoit que la vérification s’effectue lors d’un test statique « à température ambiante ». Problème : certains concurrents soupçonnent Mercedes d’avoir optimisé son moteur pour exploiter un comportement différent à chaud, en conditions réelles.
Jusqu’ici, à Brackley comme à Brixworth, on pensait le dossier verrouillé.
« Je suis un peu plus perplexe ces dernières semaines quant à la façon dont on en est arrivé à ce que cela devienne soudainement un sujet d’actualité, car jusqu’à vendredi dernier, j’avais l’impression que les choses ne changeraient pas. » déclarait Toto Wolff tout à l’heure à Bahreïn.
À lire aussi :
F1 : la surprise d’Audi avec un concept radical qui intrigue déjà le paddock
Un front anti-Mercedes s’organise
La procédure pour modifier le règlement est lourde. Il faut une majorité qualifiée au sein du Comité consultatif sur les unités de puissance (PUAC) : quatre motoristes sur cinq, plus la FIA et la FOM. Or, plusieurs acteurs semblent désormais alignés pour pousser à un ajustement.
« Il ne s’agit pas seulement d’une question d’équipes, il faut aussi obtenir les voix de l’instance dirigeante et celles du détenteur des droits commerciaux. S’ils décident de partager une opinion et un même agenda, alors vous êtes mal barrés. Je pense que les autres constructeurs de moteurs ont considérablement intensifié leurs efforts en matière de lobbying au cours des derniers mois. Je veux parler des réunions secrètes, des lettres secrètes adressées à la FIA, qui ne sont évidemment plus secrètes à ce stade. Et cela a conduit à la situation actuelle. »
Le ton est ferme. Mercedes estime avoir toujours travaillé en transparence avec la FIA durant le développement de son moteur.
![]()
Quelques chevaux… ou un précédent dangereux ?
Les gains évoqués autour de cette interprétation technique oscillent entre 10 et 12 chevaux selon certaines rumeurs. Wolff, lui, minimise.
« Ça ne représente que quelques chevaux. En Angleterre, on dirait plutôt deux ou trois. Le risque est donc négligeable en termes d’impact sur le déroulement d’un Grand Prix. Il s’agit davantage de savoir quel précédent nous créons, quelles sont les complications liées à l’introduction d’une nouvelle règle, comment la contrôler, comment l’ajuster si nécessaire, et comment elle influencera l’ADUO, le système d’équilibrage des moteurs. »
« Car après six courses, tous ceux qui pensent être concernés par l’ADUO et avoir une chance de rattraper leur retard pourraient immédiatement commencer à examiner le taux de compression et développer un moteur complètement différent, sachant qu’après la sixième course, ils ont la possibilité de changer de moteur. Les conséquences inconnues sont donc immenses et inquantifiables. »
L’ADUO – Additional Development and Upgrade Opportunities – permet aux motoristes en retard de bénéficier d’évolutions supplémentaires. Modifier la règle aujourd’hui pourrait bouleverser cet équilibre.
Et maintenant, que peut faire Mercedes ?
L’hypothèse d’un changement réglementaire tardif pose une question pratique : Mercedes peut-elle modifier toutes ses unités de puissance avant Melbourne ? La marque allemande fournit plusieurs équipes, dont McLaren. Le calendrier est extrêmement serré.
« Vous savez, dans cette discipline, les surprises sont légion, il n’y a donc jamais de situation où l’on peut affirmer être sûr de quoi que ce soit. Tout au long du processus, lorsque vous concevez un moteur, vous tenez la FIA informée de toutes vos décisions, et c’est ce que nous avons fait.
Et nous avons eu toutes les assurances que ce que nous avons fait était conforme aux règles. Ce n’est même pas comme si nous parlions d’un gain de performance considérable, mais je pense que tous nos concurrents se sont sentis un peu lésés et font pression sur la FIA depuis longtemps. »
![]()
Si la règle change, que faire chez Mercedes ?
« Eh bien, si ça devient une règle, il faudra s’y conformer. Et si on ne peut pas s’y conformer, alors la FIA devra trouver une solution pour y remédier, mais on ne sait pas encore comment.
Bien sûr, le développement d’un moteur prend beaucoup de temps, il y a des délais à respecter, et si on vous dit que vous ne pouvez pas utiliser le moteur tel que vous l’avez développé, cela pourrait nuire considérablement aux performances. Si la gouvernance du sport décide de modifier les règles, que ce soit à notre détriment ou à notre avantage, nous devons simplement nous y conformer.”
La balle est désormais dans le camp de la FIA. Si elle intervient, Mercedes devra s’adapter en urgence ainsi que sur ses trois autres moteurs. Si elle ne bouge pas, l’écurie allemande pourrait entamer 2026 avec un avantage psychologique… et peut-être technique.
Dans cette affaire, Mercedes ne joue pas seulement quelques chevaux. Elle joue sa crédibilité, son influence et le cadre réglementaire de toute une ère hybride. En Formule 1, la puissance se mesure en kilowatts… mais la pression, elle, ne se compresse pas.
Podcasts à la une
MEN LIFE
Pour résumer
Mercedes est au centre d’une polémique sur son moteur 2026 et son taux de compression. La FIA envisage une modification réglementaire avant l’homologation. Toto Wolff dénonce un lobbying intense et redoute un précédent technique majeur. La décision pourrait influencer tout l’équilibre moteur de la F1.
Rédacteur
Cet article a été publié en premier sur https://sports.auto-moto.com/f1/actualite/f1-mercedes-sous-pression-la-fia-peut-rebattre-les-cartes-avant-2026-28374