Le désert de Bahreïn n’est pas seulement le théâtre des derniers essais hivernaux. C’est aussi devenu, le temps d’une matinée, l’épicentre politique du moteur de la Formule 1 moderne.
Dans les coulisses du paddock de Sakhir, deux réunions capitales sont organisées simultanément : celle de la Commission F1 et celle du Power Unit Advisory Committee. Un timing loin d’être anodin à dix jours de la date limite d’homologation des groupes propulseurs, fixée au 1er mars.
Autrement dit : ce qui se joue ici peut redessiner l’équilibre moteur de toute la saison. Au cœur des tensions, un sujet hautement technique… mais explosif : le taux de compression.
Depuis plusieurs semaines, les motoristes débattent de la manière dont ce paramètre doit être mesuré. Le règlement impose une limite maximale de 16:1 par cylindre, mesurée dans des conditions précises, notamment à température ambiante.
Mais selon plusieurs sources du paddock, Mercedes exploiterait une interprétation différente du texte.
Le constructeur allemand serait capable de fonctionner avec un taux plus élevé lorsque le moteur est en température en piste, tout en restant conforme lors des mesures réglementaires. Une zone grise que ses rivaux jugent contraire à l’esprit — voire à la lettre — du règlement.
Patron de l’écurie, Toto Wolffn’a d’ailleurs pas totalement éteint l’incendie. La semaine passée, il reconnaissait que Mercedes était prêt à « encaisser le coup » si une modification réglementaire intervenait, tout en prévenant qu’un tel changement impacterait ses performances.
Un aveu mesuré… mais qui confirme l’isolement progressif du motoriste allemand. Car face à lui, le front adverse s’est élargi. Même Red Bull-Ford, d’abord plus nuancé, aurait rejoint la position des autres constructeurs.
Objectif : imposer une nouvelle méthodologie de mesure… à chaud.
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Vers un bras de fer réglementaire sur le moteur avant Melbourne
Pour faire évoluer le règlement, les quatre motoristes opposés à Mercedes devront obtenir une supermajorité, avec le soutien de la FIA et de la Formula One Management. Un scénario loin d’être anodin.
Car si la modification est votée, une question brûlante surgira immédiatement : Mercedes pourra-t-il adapter son groupe propulseur avant le 1er mars ?
Dans le cas contraire, le spectre de réclamations plane déjà au-dessus du Grand Prix d’ouverture à Melbourne. Les monoplaces motorisées par Mercedes pourraient être visées par des protestations officielles.
Mais l’inverse est tout aussi explosif. Si aucune supermajorité n’est atteinte, certaines équipes pourraient contester les résultats australiens, estimant que la faille réglementaire subsiste.
Autrement dit, quel que soit le vote… le conflit pourrait se poursuivre en piste. Et comme si le dossier moteur ne suffisait pas, la Commission F1 doit aussi se pencher sur un autre sujet sensible : les procédures de départ 2026.
Les nouveaux turbos nécessiteraient jusqu’à 10 secondes pour délivrer leur pleine puissance au départ. Une latence qui inquiète plusieurs équipes. Pas toutes.
Ferrari qui avait anticipé ce phénomène en concevant un turbo plus compact, s’oppose à toute modification. Une position soutenue par ses équipes clientes, dont Haas et Cadillac. De quoi verrouiller toute évolution avant Melbourne.@ è
Sur la piste, les monoplaces enchaînent les tours. Mais dans les motorhomes climatisés de Bahreïn, c’est une autre course qui se joue. Une course d’influence, de règlements et d’interprétations techniques.
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Pour résumer
À Bahreïn, les motoristes F1 débattent en urgence du taux de compression avant l’homologation du 1er mars. Mercedes est soupçonné d’exploiter une zone grise réglementaire. Une décision pourrait provoquer protestations ou adaptations techniques avant Melbourne.
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