Le rideau F1 ne s’est pas encore levé officiellement à Bahreïn… mais les ingénieurs, eux, ont déjà parlé. Dans le huis clos de Barcelone, dix des onze équipes ont fait rouler leurs F1 2026. Images filtrées, angles verrouillés, communication millimétrée : tout était fait pour ne rien révéler. Et pourtant, en F1, ce qu’on cherche à cacher en dit souvent plus que ce qu’on montre.
Bienvenue dans les coulisses techniques d’une révolution déjà en marche.
Une discrétion… qui confirme que personne n’est prêt
Premier constat de cette enquête : contrairement aux craintes, la nouvelle ère 2026 n’a pas démarré dans le chaos.
- Oui, Audi a connu des soucis de jeunesse.
- Oui, quelques drapeaux rouges sont apparus.
- Oui, Williams était absente.
Mais pour une refonte moteur + châssis + aéro aussi massive, la fiabilité globale est déjà remarquable. Cela révèle une chose : les équipes ont travaillé plus en amont que jamais. Et ce que l’on voit aujourd’hui n’est qu’une base. Les vraies armes arriveront entre Bahreïn et Melbourne.
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Newey frappe déjà : l’Aston la plus radicale du plateau
Impossible d’ouvrir cette analyse sans évoquer Adrian Newey. Sa première Aston Martin “complète” post-Red Bull attire tous les regards… et pour cause : elle concentre les solutions les plus agressives vues jusqu’ici.
Si le design dévoilé hier soir a déçu, la conception étonne ! Pontons ultra-compacts, entrée d’air “underbite”, découpe extrême sous les radiateurs : tout vise à réduire la traînée dans une ère où l’énergie moteur sera limitée.
La suspension avant pousse l’anti-plongée à l’extrême, avec un bras supérieur très haut et un bras arrière très bas, un choix qui influence autant la stabilité au freinage que l’écoulement vers le plancher. Bref, Newey n’a pas suivi la réglementation. Il l’a attaquée.

Aileron avant : la guerre de l’aéro active a déjà commencé
La FIA voulait limiter l’outwash (flux d’air rejeté vers l’extérieur). Les équipes… cherchent déjà à le recréer.
Deux philosophies émergent :
- Concept classique : nez fixé au plan principal, permettant aux flaps mobiles de s’aplatir en ligne droite.
- Concept Mercedes / Aston : nez fixé au deuxième élément, réduisant la mobilité mais offrant d’autres gains structurels et aéro.
Autre détail révélateur : des ouvertures dans le nez (Mercedes, Red Bull, McLaren) permettant d’ajuster les flaps plus rapidement aux stands. Ferrari, pour l’instant, ne l’utilise pas. Signe d’un concept différent… ou d’un développement encore caché.
Cadillac F1
Suspensions : le grand retour des poussoirs, choix technique ou virage réglementaire ?
L’un des signaux techniques les plus forts de concerne l’architecture des suspensions avant. Alors que les tirants (pull-rod) s’étaient imposés ces dernières saisons pour optimiser l’écoulement vers le plancher dans l’ère à effet de sol, la nouvelle réglementation redistribue complètement les cartes.
La simplification des fonds plats et la réduction de la dépendance à l’appui généré sous la voiture redonnent de la valeur à des critères plus mécaniques : accessibilité, rigidité, contrôle de caisse et gestion du poids.
Dans ce contexte, la majorité du plateau — Ferrari, Red Bull, Mercedes ou encore Aston Martin — est revenue à une configuration à poussoirs (push-rod).
Ce choix permet notamment un réglage plus fin de la cinématique de suspension et une meilleure maîtrise des variations d’assiette, un point crucial avec l’aéro active qui modifie les charges en ligne droite et en virage.
À l’inverse, Alpine et Cadillac ont conservé une architecture à tirants, assumant un pari technique plus isolé. Ce choix peut traduire soit une volonté de continuité conceptuelle pour stabiliser le développement, soit une lecture différente des flux aéro autour du châssis.
Pontons : la zone où tout diverge
S’il y a un endroit où les philosophies explosent, c’est ici.
- Aston Martin : Compact extrême + downwash massif.
- Red Bull : Réduction maximale à l’arrière, libérant le flux vers le diffuseur.
- Alpine : Pontons larges + “toboggan” supérieur, approche opposée.
Trois visions pour un même règlement. Preuve que, contrairement aux craintes initiales, la liberté conceptuelle existe bel et bien.
Adrian Newey l’avait anticipé :
« Ce que je pense du règlement F1 2026 est similaire à ce que je pensais du grand changement réglementaire F1 de 2022. Au départ, je pensais que les règles étaient tellement normatives qu’il ne restait pas grand-chose à faire pour un designer. Mais ensuite vous commencez à creuser dans les détails et vous réalisez qu’il y a plus de flexibilité pour l’innovation et différentes approches qu’il n’y paraît à première vue. »
Haas F1 Team
Le “trou de souris” relance la bataille du diffuseur
Avec des planchers simplifiés et moins générateurs d’appui, les ingénieurs ont dû déplacer la quête de performance des F1 vers d’autres zones. Et c’est l’arrière de la voiture qui concentre désormais une grande partie de l’innovation. Parmi les solutions observées lors des premiers roulages figure ce que le paddock surnomme déjà le “trou de souris” : une ouverture pratiquée dans la paroi interne du diffuseur.
Cette solution, aperçue sur les monoplaces de Mercedes, Ferrari, Aston Martin et Red Bull, vise à réinjecter de l’air énergisé dans le flux d’extraction. L’objectif est double : augmenter la vitesse d’évacuation de l’air sous la voiture et stabiliser le sillage, afin de récupérer une partie de l’appui perdu avec la simplification réglementaire.
Ce type de détail illustre parfaitement la philosophie 2026 : des règles plus restrictives sur le papier, mais laissant subsister des micro-zones d’innovation où les écarts peuvent se creuser. La maîtrise de ces flux secondaires pourrait faire la différence sur les circuits à forte charge, là où l’efficacité du diffuseur reste déterminante.
Bahreïn, premier révélateur… mais pas loin du verdict final F1
Les essais officiels de Bahreïn marqueront la première vraie mise à nu des forces en présence. Contrairement aux shakedowns privés, les équipes ne pourront plus contrôler totalement les angles de prise de vue ni masquer certains concepts. Les runs longs, les simulations de course et la gestion énergétique offriront enfin une lecture plus réaliste des performances.
Mais tirer des conclusions définitives serait une erreur classique. La plupart des monoplaces vues à Barcelone roulent encore dans des versions provisoires, avec des pièces de validation plus que de performance. Les premiers packages d’évolution sont déjà programmés entre Bahreïn et les premières courses flyaway.
Dans cette nouvelle ère où moteur, aéro active et gestion électrique sont intimement liés, la courbe de développement primera presque autant que la performance initiale. Autrement dit, être prêt en février est un avantage — mais progresser vite au printemps pourrait être décisif.
À la veille de Bahreïn, les F1 version 2026 n’ont livré qu’un brouillon… mais un brouillon déjà plein de révélations. Car dans ce nouveau chapitre technique, une chose est sûre : certains ont écrit à l’encre, d’autres encore au crayon.
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Pour résumer
Avant les essais de Bahreïn, les premiers roulages F1 2026 dévoilent déjà des tendances fortes : Aston Martin très agressive, retour massif des suspensions à poussoirs, bataille aéro sur l’aileron avant et innovations autour du diffuseur. Mais la hiérarchie reste floue avant les tests officiels.
Rédacteur
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