À chaque session d’Essais hivernaux, les Formule 1 abandonnent leur robe lisse pour exhiber des appendices étranges : treillis métalliques, capteurs, traînées de peinture fluo. Un spectacle déroutant… mais capital pour la performance. Car sous ces artifices visuels se joue une bataille invisible : celle du flux d’air.
Les fameuses grilles aperçues autour des F1 ne sont pas décoratives. Ce sont des structures de mesure aérodynamique extrêmement sophistiquées.
Concrètement, ces treillis légers intègrent des capteurs, tubes de Pitot, sondes de Kiel, reliés à des systèmes d’acquisition de données. Leur mission : analyser le comportement de l’air après son passage autour de la voiture.
Vitesse, pression, angle d’écoulement, température : tout est enregistré avec précision. Placées derrière les pneus, les pontons, les ailerons ou le diffuseur, ces grilles permettent de cartographier le sillage aérodynamique. Les ingénieurs visualisent ainsi les vortex générés par certaines pièces, ou encore les turbulences créées par les roues, un facteur clé dans la perte d’appui.
Les données récoltées sont ensuite comparées à celles issues de la CFD et de la soufflerie. Objectif : pendant les essais, vérifier la corrélation entre théorie et réalité… et corriger ce qui ne fonctionne pas en piste. Ces outils servent aussi à définir les zones de réglages à éviter, notamment celles pouvant provoquer un décrochage aérodynamique.
En clair : ces grilles empêchent les équipes de se perdre dans de fausses directions techniques.
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Le fluo des essais, révélateur de l’invisible
Si les grilles mesurent l’air… la peinture, elle, le rend visible. Le fameux flow-viz, souvent appelé peinture fluo, est un mélange de poudre fluorescente et d’huile légère, généralement de la paraffine. Appliqué juste avant la sortie en piste lors des essais, il s’écoule naturellement sous l’effet du vent relatif.
Résultat : des traînées colorées qui dessinent le chemin exact du flux d’air. Une F1 peut ainsi rentrer au stand avec une carrosserie totalement redessinée par le vent lui-même.
Les ingénieurs photographient ensuite chaque trace pour analyse après essais. Rob Smedley, ancien ingénieur Ferrari et Williams, résumait parfaitement son utilité :
« Lorsque nous analysons ces données, nous recherchons généralement des éléments tels que la séparation, c’est-à-dire lorsque les flux se séparent et que nous n’obtenons pas de structures correctes sur les surfaces de la voiture. Cela peut en dire beaucoup aux aérodynamiciens sur ce qui se passe en amont, et avec un peu de chance, cela les aide à rectifier certains problèmes sur la voiture. »
L’intensité des couleurs révèle la vitesse de l’air : plus la teinte est marquée, plus le flux est rapide. À l’inverse, une trace pâle indique une zone de faible énergie aérodynamique.
La forme des filets, elle, expose les déviations, turbulences ou pertes d’appui. Grilles et flow-viz poursuivent donc le même objectif : comprendre l’air pour dominer la piste. Sans eux, impossible de valider une évolution, d’expliquer un manque de performance ou d’optimiser un package.
Car en Formule 1 moderne, la vitesse ne se voit pas seulement au chrono… elle se lit dans le vent.
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Pour résumer
Lors des Essais, les grilles aérodynamiques mesurent précisément le flux d’air autour des F1 tandis que la peinture fluo, le flow-viz, le rend visible. Deux outils complémentaires essentiels pour corréler soufflerie, CFD et piste, et optimiser chaque détail de performance.
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