
Dans un communiqué, le M23 a revendiqué, mercredi 4 février, avoir « procédé, entre le samedi 31 janvier et le dimanche 1er février 2026, à la destruction du centre de commandement des drones militaires installé à l’aéroport de Kisangani », ville du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). « Le recours aux drones et aux mercenaires n’est ni exclusive ni réservée à Kinshasa », a ajouté le groupe armé soutenu par Kigali, rappelant la présence de matériel abandonné par les forces congolaises dans leur déroute.
Entre samedi et dimanche, « huit drones ennemis ont été neutralisés avant d’atteindre leur cible », l’aéroport de Kisangani, avait déclaré lundi le gouvernement local de la province de la Tshopo. Aucune victime n’a été signalée.
Située à l’intérieur des terres, Kisangani est une ville de plus d’1,5 million d’habitants, elle est distante de plus de 800 km de Goma, grande ville de l’est du pays et fief du M23 sous contrôle depuis janvier 2025. La même distance la sépare d’Uvira, dernière grande ville congolaise à avoir connu des combats. L’aéroport est utilisé par l’armée congolaise et ses aéronefs. La piste sert notamment au décollage des drones d’attaque et des avions de chasse de l’armée congolaise, qui mènent régulièrement des frappes sur les positions du M23 et de l’armée rwandaise à environ 400 km de distance.
Cette revendication intervient au lendemain de l’annonce par Doha, qui mène depuis des mois une médiation de paix entre le M23 et le gouvernement de Kinshasa, de l’envoi dans les prochains jours d’une mission de l’ONU en vue de la mise en œuvre d’un cessez-le-feu effectif dans la région, déchirée par des conflits depuis trente ans. La mission doit être conduite par la Mission des Nations Unies en RDC (Monusco) à Uvira.
« Escalade » du conflit
Cette attaque inédite depuis la résurgence fin 2021 du M23, qui n’avait encore jamais mené de frappes à une distance aussi éloignée des territoires sous son contrôle, répartis le long de la frontière avec le Rwanda et le Burundi dans les deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, constitue selon certains observateurs une « escalade » dans le conflit de l’est de la RDC.
Le groupe armé « avait déjà utilisé des drones précédemment mais principalement sur le champ de bataille ou à proximité immédiate. Cette capacité de frapper en profondeur dans le territoire congolais est assez nouvelle », souligne Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence de l’Institut congolais Ebuteli, contacté par l’Agence France-Presse (AFP). Par ailleurs, cette revendication de l’attaque « relativise l’impact des différents processus de paix sur la réalité de la situation sur le terrain », poursuit le spécialiste qui estime que le message du M23 « témoigne d’une escalade ».
Le drone est devenu une pièce centrale de ce conflit dans l’est de la RDC. Les parties au conflit s’accusent régulièrement d’en faire usage pour mener des attaques dans des zones densément peuplées. Dans les rangs de l’armée congolaise, les drones sont devenus l’outil « le plus létal » et « le vecteur qui entrave le plus » la progression du M23 et ses alliés rwandais, selon une source sécuritaire.
Deux accords ont été signés au cours des derniers mois pour tenter de mettre fin au conflit dans l’Est congolais. Une déclaration de principes définissant des engagements pour un cessez-le-feu a été signée à Doha par le M23 et le gouvernement de Kinshasa. Un accord dit « pour la paix et la prospérité » a été entériné en décembre à Washington par la RDC et le Rwanda. Mais aucun texte n’a jusqu’ici réussi à mettre un terme aux affrontements sur le terrain.
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