« Je pars de loin, sourit la quadragénaire, qu’un CAP d’esthéticienne destinait à l’ambiance plus feutrée des salons de beauté. J’ai travaillé quelques années en institut avant d’intégrer à Bordeaux une grande enseigne de parfumerie, comme conseillère tout d’abord, avant d’être employée à la logistique, dans le secteur Sainte-Catherine. » Une tranche de vie qu’elle ne renie pas, « elle représente quinze années de ma vie », mais qui ne lui correspond plus.
Quête de sens
« J’étais en recherche de sens. J’habitais loin de Bordeaux, à Salignac, dans la commune de Val-de-Virvée. Et j’ai trois enfants. J’ai eu besoin de me recentrer sur ma vie de famille… » Un premier virage qui l’a menée à devenir auxiliaire de vie auprès de personnes âgées. « J’ai accompagné mes grands-parents alors qu’ils avaient besoin d’aide. J’en ai fait de même avec d’autres familles. » Une activité qu’elle a doublée d’une expérience d’élevage et d’écopâturage. « À petite échelle ! Avec seulement six brebis… »
Julie, titulaire d’un CAP d’esthéticienne, a travaillé près de quinze ans pour une chaîne de parfumerie. Ph. B.
Julie vit la maçonnerie comme une nouvelle étape. Elle y a débuté comme petite main, sur les jardins, puis sur du clayonnage, avant d’aborder le torchis. Et il y a eu la pierre ! Elle n’entend plus s’arrêter. « Il y a ce moment où l’on apprend à tailler la pierre. Puis à monter un mur. Surtout sur un site comme celui-ci, décrypte Frédéric Thibaut, qui dirige le projet. Il faut avoir l’œil, comprendre le chantier, que l’on entreprend comme au Moyen-Âge. Certains maçons, de par leur formation, leur approche du petit moellon, ne se retrouvent pas dans cet esprit-là. » Julie s’est glissée dans ce moule si particulier jusqu’à transmettre à son tour. « Frédéric m’a tout appris. Il a pu me confier ensuite des responsabilités. »
Transmission
La jeune femme est une enfant du chantier. « C’est un lieu d’apprentissage et d’insertion tout autant qu’un site touristique », sourit Valéry Ossent, président de la Fabrique de Guyenne. C’est un chantier très participatif, avec beaucoup d’échanges, une volonté de formation et de transmission, rappelle cet ingénieur en travaux public, qui a porté le projet à bout de bras.
« Il ne s’agit plus d’accompagner la reconversion. Julie l’a fait. Mais de lui permettre de garder ce qu’elle a obtenu. »
« Nous avons souhaité dès le départ le voir reconnaître comme chantier d’insertion. Le parcours de Julie s’y inscrit pleinement. » La conserver sur le site est plus problématique. « Nous n’avons que très peu d’aides publiques, détaille Valéry Ossent. Et de l’État seulement. Vu le contexte, nous n’espérons pas en avoir plus. Nous avons clairement besoin d’un coup de pouce pour signer un contrat à Julie… »
Solidarité
Worldbuilding Women entre alors en jeu. « Nous avons choisi de soutenir Julie parce qu’elle représente exactement ce que nous défendons, rappelle Claire Stride, cofondatrice du fonds de dotation. Permettre une transmission des savoir-faire. Et surtout permettre à des femmes en reconversion d’aller vers des métiers dits genrés… » L’entrepreneuse toulousaine, investie dans les neurosciences appliquées, y voit même un cas d’école. Un récit « de résilience et de persévérance », qui entre en résonance avec les valeurs de l’association. « Il ne s’agit plus d’accompagner la reconversion. Julie l’a fait. Mais de lui permettre de garder ce qu’elle a obtenu. » Les partenaires ont mis la barre à 15 000 euros.
Julie en attendant, embrasse sa nouvelle vie avec énergie, retrouvant chaque fois le chantier avec la même envie. « On y prend confiance en soi. J’ai même pu participer, avec l’association, à des chantiers extérieurs, comme à la Commanderie d’Arveyres. » Une passion dans laquelle elle entraîne volontiers ses enfants. « Mon plus grand a même recréé la chapelle, s’amuse-t-elle. Mais lui, c’est sur Minecraft… »
(1) Chantier médiéval de Guyenne, à La Lande-de-Fronsac. Tél. 06 56 68 27 67. www.guyenne-medieval.com (
Cet article a été publié en premier sur https://www.sudouest.fr/gironde/libourne/elle-a-appris-les-techniques-des-batisseurs-du-moyen-age-en-gironde-une-cagnotte-pour-permettre-a-julie-de-continuer-a-travailler-sur-le-chantier-de-guyenne-27811092.php