
Le Groenland a jeté un froid – quasi polaire – sur les relations stratégiques entre l’Europe et les Etats-Unis. Et l’Alliance atlantique, qui a contribué à préserver 76 années de paix en Europe, traverse sans doute la plus grave crise de son existence. En vitupérant ses partenaires fin janvier, au sujet de cette vaste étendue de la région arctique, Donald Trump a atteint le cœur du pacte de défense conclu entre les Etats-Unis et les Européens en 1949 : la confiance. Cet ébranlement se traduit pour l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) par une perte de crédibilité qui se fera sentir bien au-delà du mandat de l’actuel président américain.
Le psychodrame s’est noué autour de la volonté de Donald Trump d’annexer, de gré ou de force, l’île recouverte de glace et de neige une grande partie de l’année et qui borde le nord de l’« hémisphère occidental » – territoire autonome sous souveraineté du Danemark. La pièce a eu pour théâtre la conférence de Davos, dans les montagnes suisses, le 21 janvier. Ce jour-là, en soixante-dix minutes d’autoglorification narcissique, de râleries diverses et de propos insultants pour l’Europe, Donald Trump a renoncé à son projet. Il a remisé au placard les droits de douane punitifs qu’il entendait coller aux pays européens opposés à cette extension unilatérale des Etats-Unis. Il a fait valoir que Washington allait maintenant négocier un accord-cadre, avec les parties concernées, sur l’avenir de ce qu’il appelle « ce morceau de glace ». Mais la bataille laissera des traces – profondes.
Pour une fois, les Européens ont fait preuve de fermeté face à Donald Trump. Ils ont dit non à l’annexion et, à leur tour, menacé de sanctionner les Etats-Unis, cependant que l’obsession groenlandaise du président faisait chuter les marchés. Petit rappel, on est entre « alliés » supposés : le Danemark est membre de l’OTAN (et de l’Union européenne). L’importance que ce territoire peut revêtir pour la sécurité des Etats-Unis n’est pas discutée par les Européens. Les accords existants entre Copenhague et Washington, et qui datent de 1951, permettent aux Américains d’obtenir ce qu’ils veulent au Groenland : plus de bases militaires, plus de facilités à exploiter les possibles ressources du sous-sol local, notamment. Il suffisait de demander poliment et de négocier ; inutile d’envisager une violation de la souveraineté danoise.
Il vous reste 59.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/02/donald-trump-a-atteint-le-c-ur-du-pacte-de-defense-conclu-entre-les-etats-unis-et-les-europeens-en-1949-la-confiance_6665059_3232.html