Commerce mondial : « Acheter européen n’est pas une provocation unilatérale, c’est un rééquilibrage »

Des décennies durant, l’Europe a profité de l’ouverture des marchés internationaux. Suivant la logique des avantages comparatifs, elle se spécialisait sur ses points forts et importait ce que d’autres pouvaient produire à bas coût. Cette recette du succès est toutefois soumise à deux conditions : elle suppose que les partenaires respectent les règles du jeu et que ces interdépendances ne soient pas utilisées comme des armes.

Or, ces conditions se trouvent aujourd’hui remises en cause. La politique de l’« America first » repose sur l’opportunisme à court terme et la domination géopolitique : elle tire parti du pouvoir de marché des Etats-Unis au détriment de leurs partenaires commerciaux. Quant à la politique chinoise, elle s’éloigne, elle aussi, des idéaux de marchés libres et ouverts, comme viennent de le rappeler les interdictions frappant les exportations de puces et de terres rares.

Longtemps, le choix de l’Europe de réagir par une politique industrielle volontariste a été mal vu. Les gouvernements n’étaient pas censés « choisir les gagnants ». Or, aujourd’hui, même le Fonds monétaire international reconnaît que cette stratégie peut porter ses fruits, par exemple pour remédier aux interdépendances critiques et aux risques de concentration qui mettent en péril la sécurité économique, les entreprises ne tenant pas suffisamment compte de leurs liens de dépendance macroéconomique dans leurs politiques d’achat, devenant plus vulnérables.

Avant 2022, les importations de gaz naturel n’étaient pas diversifiées, mais on observe également dans certains cas – notamment dans la microélectronique, les matières premières critiques ou les médicaments – des concentrations du marché propices au chantage. Dans les cas précités, des exigences de contenu local peuvent être pertinentes afin d’orienter la demande vers des biens produits en Europe.

Le « Buy European » (« acheter européen ») peut également jouer un rôle sur le front climatique, par exemple dans le cas des voitures électriques fabriquées en Europe, moins néfastes pour le climat que celles importées d’Asie si l’on tient compte des émissions de CO₂ liées au transport. Il en va de même en matière d’achats publics, lorsqu’il s’agit de créer un marché de référence pour l’acier « vert » [c’est-à-dire produit sans utilisation de combustibles fossiles], utilisé par exemple dans la construction d’infrastructures routières ou ferroviaires.

Il vous reste 58.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/13/commerce-mondial-acheter-europeen-n-est-pas-une-provocation-unilaterale-c-est-un-reequilibrage_6666647_3232.html