
Il ne reste plus grand-chose du mausolée sur le quai du tramway. Plus de fleurs ni de bougies pour honorer la mémoire d’Iryna Zarutska, Ukrainienne de 23 ans ayant fui la mort dans son pays pour finalement la rencontrer ici, à Charlotte, dans le sud-est des Etats-Unis.
Ce début du mois de janvier, seule une banderole est encore accrochée à une barrière de la station East/West Boulevard, à l’orée de la forêt de tours de cette ville de 900 000 habitants : « Partie, mais jamais oubliée. » La jeune femme, à la lumineuse blondeur, y est représentée avec des ailes d’ange. L’hommage est l’œuvre d’un club d’autodéfense convaincu de l’existence d’une « guerre raciale » dans le pays.
Le soir du 22 août 2025, Iryna Zarutska était en tenue de travail, casquette et tee-shirt siglés au nom de la pizzeria qui l’employait, au moment de grimper dans la Lynx Blue Line. Elle empruntait tous les jours cette ligne de tramway pour traverser la ville.
Dans son esprit, ce job de serveuse était une simple étape sur le chemin de sa véritable ambition, devenir assistante vétérinaire. La réfugiée se sentait bien en Caroline du Nord, cet Etat paisible, réputé pour ses universités et la douceur de son climat, où sa tante l’avait accueillie, avec sa mère, son frère et sa sœur, à l’été 2022. Kiev et sa pluie de drones russes leur semblaient loin.
Expertise psychologique
Ce soir-là, la jeune femme a le nez plongé dans son smartphone lorsque l’homme assis derrière elle se lève soudainement et la poignarde au cou. Trois coups vifs, assénés sans un bruit. Surprise, elle se retourne vers son agresseur : il est aussi imposant qu’elle est menue, aussi brun et noir qu’elle est blonde et blanche.
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