
Quentin D., un étudiant de 23 ans, est mort samedi après une violente agression survenue jeudi en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon, selon le parquet. Le Monde fait le point sur ce que l’on sait de l’affaire à ce stade :
Que sait-on de ce qu’il s’est passé jeudi ?
Les circonstances du drame doivent « être déterminées », selon le parquet de Lyon, qui a ouvert une enquête « du chef de coups mortels aggravés, en plus des violences aggravées par trois circonstances » – « réunion, d’usage d’arme, et de mis en cause dont le visage est dissimulé ».
Pour l’avocat de la famille de Quentin, Me Fabien Rajon, le jeune homme a été victime d’un « guet-apens, méthodiquement préparé » tendu par « des individus organisés et entraînés, en très large surnombre et armés, pour certain le visage masqué, ayant effectué des repérages préalables et disposant a priori de complicités ». « Ces faits, s’ils sont confirmés par l’enquête (…) constituent un crime », a-t-il ajouté dans un communiqué publié samedi après la mort de l’étudiant.
Selon le collectif identitaire Némésis, Quentin faisait partie du service d’ordre chargé d’assurer la sécurité de ses militantes qui manifestaient près de l’IEP de Lyon. Ces militantes ont été « agressées », selon le collectif, qui a diffusé sur X une vidéo tournée près de l’IEP où l’on voit l’une des jeunes femmes se faire projeter à terre. Les hommes du service d’ordre auraient alors été « poursuivis par un groupe d’une trentaine d’antifas » et Quentin aurait été « attaqué avec une extrême violence », « balayé au sol, son crâne a tapé, puis il a été lynché à coups de pied », selon le collectif.
Une autre vidéo présumée de l’agression diffusée samedi soir par TF1, filmée d’un immeuble, montre une dizaine de personnes assenant des coups à trois personnes gisant à terre, dont deux parviennent à s’échapper.
Les pompiers ont fait savoir qu’ils avaient secouru vers 19 h 40 deux personnes – Quentin et un de ses amis – quai Fulchiron, dans le 5e arrondissement, à près de 2 kilomètres de l’IEP. « Très grièvement blessé », Quentin avait été hospitalisé à Lyon.
Qui sont les agresseurs ?
Le ou les auteurs de l’agression n’ont, pour le moment, pas été identifiés, selon le parquet de Lyon. Ce dernier a néanmoins fait état dimanche de « plusieurs témoignages significatifs » recueillis par la police. « L’enquête s’oriente à présent sur l’identification des auteurs directs des violences correctionnelles et criminelles », précise-t-il dans un communiqué. Le procureur de Lyon doit donner une conférence de presse lundi à 15 heures.
Le groupe identitaire Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs de Quentin un collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault (LFI), qui serait un « membre actif de la Jeune Garde ». Ce groupe antifasciste dont M. Arnault est l’un des fondateurs, a été dissous en 2025 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, pour « agissements violents ».
Samedi soir, Raphaël Arnault a écrit sur X qu’il avait appris la mort de Quentin « avec horreur et dégoût » et qu’il souhaitait « que toute la lumière soit faite sur ce drame ».
Dans un communiqué transmis au Monde, Aïnoha Pascual, l’avocate de la Jeune Garde rappelle que ce groupe « ne saurait être tenue responsable des tragiques événements ayant eu lieu à Lyon », puisqu’elle a « suspendu toutes ses activités dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat » concernant sa dissolution.
« C’est l’ultragauche qui manifestement a tué » Quentin D., a déclaré, de son côté, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, invité du « Grand Jury RTL-Public Sénat-Le Figaro-M6 ».
« La France insoumise ne porte aucune responsabilité », a assuré Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI, dimanche sur LCI. Les membres du service d’ordre du mouvement « n’ont eu aucun contact avec aucun des groupes qui se trouvaient à l’extérieur » de la conférence de Rima Hassan, a-t-il expliqué, s’interrogeant dans le même temps sur l’absence de forces de l’ordre dans le secteur.
Rima Hassan a également affirmé ne collaborer qu’avec le service d’ordre de La France insoumise « qui n’a jamais recours à la violence et qui n’est en aucun cas impliqué dans ces affrontements ».
Qui était Quentin ?
Quentin « n’était ni agent de sécurité ni membre d’un quelconque service d’ordre », selon l’avocat de sa famille, Me Rajon. Sans « aucun antécédent judiciaire », il « a toujours défendu ses convictions de manière non violente ». « Etudiant en mathématiques, pratiquant le tennis et la philosophie », il était « investi dans la vie pastorale », selon l’avocat. Il fréquentait la paroisse Saint-Georges, dans le 5e arrondissement de Lyon, près du quai Furlichon, en bord de Saône, ce même quai où il a été pris en charge par les secours, jeudi, dans un état grave.
Quentin était venu « assurer bénévolement » la sécurité du collectif Némésis, selon une personne faisant partie de ses membres.
Selon le groupe « nationaliste-révolutionnaire » lyonnais Audace, Quentin était un de leurs « sympathisants », après avoir été membre du mouvement d’extrême droite et royaliste Action française à Vienne. « Il participait à de nombreux entraînements sportifs à nos côtés, encore la semaine dernière », pour faire de la boxe ou du footing, a affirmé à l’Agence France-Presse un « porte-parole » d’Audace, sous le couvert de l’anonymat.
Un rassemblement à Paris dimanche
Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées dimanche après-midi ,à l’appel de plusieurs groupes identitaires et nationalistes, devant l’université de la Sorbonne à Paris. Une banderole proclamant « Antifas assassins, justice pour Quentin » a été déployée devant le bâtiment universitaire, et des militants ont pris la parole pour rendre hommage à leur « camarade » .
Certains élus, cadres du Rassemblement national, et personnalités d’extrême droite, dont Marion Maréchal et Eric Zemmour, étaient présents. Le rassemblement s’est clôturé par une prière et une minute de silence, et, après que la Marseillaise a été chantée, les participants se sont dispersés sans encombres.
La campagne municipale suspendue à Lyon
« Je ne me vois pas faire campagne dans ces conditions-là. J’appelle tout le monde à prendre le temps de réaliser la gravité du moment que l’on vit ensemble », a déclaré sur France 3 le candidat UDR-RN, Alexandre Dupalais.
L’ex-patron de l’OL Jean-Michel Aulas, candidat de la droite et du centre, et la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi lui ont emboîté le pas et ont eux aussi annoncer suspendre leur campagne pour la journée de dimanche.
Sans évoquer de suspension de sa campagne, le maire écologiste sortant, Grégory Doucet, en lice pour un nouveau mandat, a déploré « une tragédie » et souligné qu’un « tel déferlement de violences en plein cœur de la ville [était] inacceptable ».
Jean-Luc Mélenchon appelle ses troupes « à la plus grande vigilance »
Selon Manuel Bompard, « depuis vendredi, une dizaine de permanences de LFI ou de locaux de campagne de LFI ont été attaqués par des groupuscules d’extrême droite, qui ont brisé des vitres, jeté de la peinture dessus, intimidé les personnes qui se trouvaient à l’intérieur. » Le leader de La France insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a appelé ses troupes à « la plus grande vigilance ».
Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a appelé samedi les préfets à « renforcer la vigilance autour des rassemblements de nature politique ainsi qu’autour des permanences de campagne ». Emmanuel Macron a dénoncé sur X « un déferlement de violence inouï », et a appelé « au calme, à la retenue et au respect ».
Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/15/ce-que-l-on-sait-de-la-mort-de-quentin-d-a-lyon_6666851_3225.html