Blessures, fuites extrêmes, récidive : pourquoi les refus d’obtempérer deviennent un casse-tête sécuritaire

Les chiffres, froids par nature, racontent pourtant une histoire brûlante. En l’espace de 24 heures, entre le 2 et le 3 février, près d’une dizaine de policiers ont été blessés en France lors de refus d’obtempérer. Selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, le phénomène a progressé de 11 % en 2025. Une hausse qui s’inscrit dans une tendance lourde, presque installée.

Mais au-delà de la fréquence, c’est la dangerosité qui alarme. À Nantes, un conducteur a volontairement foncé sur des véhicules de police, blessant grièvement trois agents. Dans le Sud-Ouest, un multirécidiviste s’est offert une cavale nocturne de près de 100 kilomètres entre Toulouse et Carcassonne. Des scènes dignes d’un film, sauf qu’ici, les figurants saignent et que le générique de fin tarde à venir.

Des lois existantes, mais une impunité ressentie

Pour les syndicats policiers, le problème n’est pas tant l’absence de textes que leur application. « Tous ceux qui commettent un refus d’obtempérer se disent qu’ils ne risquent rien », déplore David Leyraud, superviseur chez Alliance Police. Selon lui, la réponse doit être double : prévention, notamment auprès des plus jeunes, et fermeté judiciaire.

Bruno Bartocetti, du syndicat Un1té, va plus loin. Il pointe une banalisation inquiétante de ces faits, parfois requalifiés en simples violences volontaires. Pourtant, les chiffres parlent : sur les 28 200 refus d’obtempérer recensés l’an dernier, 22 % étaient aggravés. Tentatives d’homicide, usage du véhicule comme arme par destination… En dix ans, ces situations auraient bondi de 30 à 40 %. Le droit existe, mais son effet dissuasif semble s’être évaporé.

En France, un cadre strict et des marges étroites

Contrairement à certaines idées reçues, les forces de l’ordre françaises ne sont pas désarmées juridiquement. Elles peuvent utiliser des moyens pour immobiliser un véhicule lorsque le conducteur refuse d’obtempérer, met des vies en danger ou est impliqué dans un délit flagrant. Les courses-poursuites sont autorisées dès lors qu’une prise en charge est possible.

L’usage de l’arme, lui, reste l’ultime recours. Il est strictement encadré par les principes de nécessité et de proportionnalité, notamment lorsque la fuite menace directement la vie des agents ou d’autrui. Un cadre précis, mais qui place souvent policiers et gendarmes sur une ligne de crête : intervenir trop tôt, c’est risquer le drame ; trop tard, c’est laisser filer le danger.

Les exemples étrangers, entre fantasme et réalité

À chaque drame, le débat ressurgit. Et si la France s’inspirait de ses voisins ? Au Royaume-Uni, la méthode du « contact tactique » autorise, depuis 2018, à percuter un véhicule en fuite à basse vitesse pour le stopper. Strictement réservée à des agents formés, elle reste interdite dans l’Hexagone.

Aux États-Unis, l’innovation prend parfois des airs de western moderne. Dans le Michigan, un grappin déployable permet d’entraver un véhicule en accrochant son pneu arrière. Coût : 5 000 dollars, formation incluse. Efficace, mais limité à moins de 90 km/h. Pour David Leyraud, ces outils ne sont pas des solutions miracles. Le véritable enjeu demeure l’application rigoureuse des lois existantes, sans quoi aucune technologie ne suffira à briser la spirale.

Pour résumer

En forte hausse en 2025, les refus d’obtempérer deviennent de plus en plus violents, blessant gravement policiers et gendarmes. Entre sentiment d’impunité, limites du cadre français et exemples étrangers discutés, la question des moyens et de la réponse pénale reste centrale.

Jules Sessiwede

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