Cisjordanie : l’UE rappelle à Israël que « l’annexion est illégale en droit international » après les mesures prises pour étendre son contrôle sur le territoire palestinien

Devant un bâtiment démoli par l’armée israélienne, dans la ville de Chouqba, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 février 2026.
Devant un bâtiment démoli par l’armée israélienne, dans la ville de Chouqba, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 février 2026.

Les critiques contre Israël se multiplient dans le monde, lundi 9 février, après les annonces la veille de mesures renforçant considérablement son contrôle sur la Cisjordanie, faisant craindre une annexion du territoire palestinien occupé depuis 1967. Le cabinet de sécurité israélien a approuvé, dimanche, une série de règles qui doivent permettre à Israël d’étendre son contrôle dans des zones qui sont administrées par l’Autorité palestinienne, en vertu des accords d’Oslo.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est « gravement préoccupé », a assuré lundi son porte-parole, Stéphane Dujarric. « Il met en garde contre le fait que la trajectoire actuelle sur le terrain, y compris cette décision, compromet la perspective d’une solution à deux Etats. »

Plus tôt dans la journée, l’Union européenne (UE) avait également condamné « un nouveau pas dans la mauvaise direction ». « Conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, nous rappelons que l’annexion est illégale en droit international », a déclaré devant la presse Anouar El Anouni, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères. Par conséquent, « toute mesure concrète prise en ce sens serait considérée comme une violation du droit international », a-t-il poursuivi.

Les ministres des affaires étrangères d’Arabie saoudite, d’Egypte, de Turquie, du Qatar, de la Jordanie, des Emirats arabes unis, d’Indonésie et du Pakistan ont dénoncé l’imposition « d’une nouvelle réalité juridique et administrative en Cisjordanie, accélérant ainsi les tentatives de son annexion illégale et le déplacement du peuple palestinien ».

Donald Trump ne « permettra pas l’annexion la Cisjordanie »

Les Etats-Unis n’ont pas commenté dans l’immédiat, alors que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, est attendu à Washington mercredi. Le président Donald Trump, pourtant soutien indéfectible d’Israël, a averti plusieurs fois par le passé qu’il ne lui « permettrait pas d’annexer la Cisjordanie ».

Dimanche, le ministre des finances israélien, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, lui-même colon et partisan d’une annexion de la Cisjordanie, avait applaudi des mesures permettant « d’enterrer l’idée d’un Etat palestinien ». « Nous approfondissons nos racines dans toutes les régions de la Terre d’Israël », s’était-il félicité, quand son confrère à la défense, Israel Katz, soulignait l’intérêt « sécuritaire, national et sioniste de premier ordre » des nouvelles règles.

Les autorités israéliennes n’ont pas précisé quand elles entreraient en vigueur. Elles ne requièrent cependant pas d’être approuvées par un autre organe que le cabinet de sécurité. Le texte complet n’a pas été rendu public, mais les mesures dévoilées facilitent l’achat de terres pour les colons israéliens, avec notamment l’abrogation d’une loi datant de plusieurs décennies en vertu de laquelle seuls les résidents de Cisjordanie et les entreprises qui y sont enregistrées sont autorisés à acheter des terres.

Des mesures qui bouleversent l’équilibre sur le terrain

Elles permettent aussi aux autorités israéliennes d’administrer certains sites religieux, même lorsqu’ils sont situés dans des zones placées sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. L’obtention de permis de construire pour les colons israéliens à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, est aussi facilitée.

« Israël fait avancer l’annexion, c’est quelque chose que nous observons depuis trois ans, mais ce qui est également significatif dans ce cas, c’est qu’Israël a aussi décidé d’affaiblir l’Autorité palestinienne », affirme Yonatan Mizrachi, de l’organisation israélienne anticolonisation La Paix maintenant. La présidence palestinienne à Ramallah avait fustigé, dès dimanche soir, des décisions visant à « approfondir les tentatives d’annexion de la Cisjordanie ».

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque 3 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500 000 Israéliens installés dans des colonies illégales au regard du droit international.

La croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie a atteint en 2025 un niveau inédit depuis le début du suivi de l’ONU, en 2017, selon un rapport du secrétaire général des Nations unies. « Nous parlions jusque-là d’une annexion rampante ; à présent, c’est une course à toute allure », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) un expert du groupe de réflexion palestinien Al-Shabaka, Fathi Nimer.

Le Monde avec AFP et Reuters

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