MotoGP : Ducati frappe déjà fort, Yamaha inquiète… le vrai bilan des essais de Sepang

Le MotoGP n’a pas encore lancé sa saison… mais la bataille, elle, a déjà commencé. Sous la chaleur écrasante de Sepang, les constructeurs ont abattu leurs premières cartes techniques. Chronos, simulations Sprint, évolutions aérodynamiques : derrière les temps bruts, c’est surtout une lecture stratégique qui se dégage.

Et un constructeur ressort immédiatement du lot.

Ducati encore au sommet

Impossible de lire ces essais de Sepang sans voir l’empreinte totale de Ducati sur la hiérarchie MotoGP actuelle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : cinq Ducati aux sept premières places du classement combiné, avec Alex Márquez en fer de lance. Le pilote Gresini a bouclé un tour en 1’56.402, à moins d’un dixième du record absolu de la piste détenu par Bagnaia depuis 2024. Plus révélateur encore, sa simulation Sprint — 10 tours bouclés à 1’58.027 de moyenne — a été la référence du test.

Vainqueur du Grand Prix de Malaisie 2025 sur ce même tracé de Sepang, vice-champion du monde en titre, l’Espagnol arrive lancé. La GP26 d’usine qu’il découvre semble parfaitement correspondre à son pilotage, au point de s’imposer comme l’homme fort de l’intersaison. Derrière lui, la profondeur de l’armada Ducati impressionne.

Marc Márquez, champion du monde en titre, n’a terminé « que » 4e, mais le classement brut masque la réalité. L’Espagnol a roulé avec prudence, encore en phase de récupération de son épaule droite. Son travail s’est concentré sur la comparaison entre éléments 2025 et package 2026, notamment au niveau du carénage.

« Tout s’est passé comme prévu », a-t-il simplement résumé. Francesco Bagnaia, lui, a retrouvé des sensations.

Plus à l’aise que lors du Grand Prix d’octobre à Sepang, le Turinois a multiplié les runs longs et les tests aérodynamiques. Sur une simulation Sprint, il a même devancé son coéquipier Márquez, preuve que la base 2026 lui redonne confiance.

« Nous attendrons la Thaïlande avant de conclure définitivement que les problèmes de 2025 ont été surmontés. Mais je pense que les modifications apportées à la moto cette année ont aidé tous les pilotes de la marque. »

Fabio Di Giannantonio complète le tableau dans le top 3, tandis que Franco Morbidelli s’adapte déjà efficacement à la GP25.

Au-delà des positions, c’est surtout l’impression visuelle laissée en piste qui marque les esprits : stabilité au freinage, motricité intacte, constance en Sprint.

Massimo Rivola, patron d’Aprilia, n’a pas mâché ses mots après Sepang : « Si nous prenons celle de Pecco comme référence, les autres peuvent déjà rentrer chez eux et commencer à se concentrer sur 2027. »

Après une GP25 jugée parfois délicate, Gigi Dall’Igna semble avoir corrigé le tir. La GP26 apparaît comme une synthèse encore plus aboutie de la philosophie italienne. Ducati n’a pas seulement conservé son avance… elle pourrait l’avoir creusée.

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Aprilia juste derrière

Dans l’ombre rouge de Ducati, Aprilia ressort pourtant de Sepang avec de vraies raisons d’y croire.

Marco Bezzecchi a été l’homme fort du constructeur de Noale, signant le 2e temps absolu du test en 1’56.526, à seulement 0.124 s d’Alex Márquez. Un chrono de référence, complété par une simulation Sprint solide dans les 1’58.

Sur un circuit historiquement peu favorable à la RS-GP, la performance a du poids. L’Italien a également conclu la dernière séance en tête, confirmant la compétitivité instantanée de la machine italienne.

Techniquement, Aprilia a multiplié les essais, notamment sur l’aérodynamique. De nouvelles solutions ont été testées au niveau du dosseret de selle et du flux arrière, signe que la marque continue d’explorer des concepts agressifs pour améliorer stabilité et vitesse de pointe.

Bezzecchi reste néanmoins mesuré sur ces tests de Sepang : « La moto s’est un peu améliorée dans tous les domaines, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions claires sur ce que devraient être les objectifs. »

Le véritable enjeu Aprilia dépasse cependant la simple performance pure. Le projet repose plus que jamais sur Bezzecchi. Troisième du dernier championnat, artisan majeur de la 2e place constructeur 2025, l’Italien porte aujourd’hui la responsabilité sportive principale, en l’absence de Jorge Martín à Sepang.

Blessé (clavicule et poignet), l’Espagnol espère revenir en Thaïlande. Mais cette dépendance interroge déjà dans le paddock. Tous les œufs dans le même panier. Sans Martín pour croiser les données et accélérer le développement, Aprilia a avancé… mais avec un seul véritable capteur de performance au sommet.

Reste que la base est saine. Le rythme affiché par Bezzecchi à Sepang rend crédible une lutte avec KTM pour le statut de premier outsider. Voire mieux, selon l’évolution moteur et aéro d’ici l’Europe. Aprilia progresse, structure son projet, affine sa RS-GP. Mais pour viser plus haut, il faudra confirmer à deux.

KTM reste un cran en arrière

Chez KTM, ces essais de Sepang laissent une impression contrastée, presque frustrante.

Sur le papier, la marque autrichienne reste solidement installée dans le top 10. Pedro Acosta (8e) et Maverick Viñales (9e) se tiennent en seulement 0.010 s au classement combiné. Une densité révélatrice d’un package homogène… mais pas encore suffisant pour inquiéter Ducati ou même Aprilia sur un tour rapide.

Car c’est bien là que le bât blesse : la RC16 progresse, mais à un rythme moins spectaculaire que certains rivaux directs. Pit Beirer s’est montré positif dans ses déclarations durant le test, saluant l’intensité du travail abattu et les nombreuses directions explorées. En interne, on insiste sur une base plus saine, plus exploitable par l’ensemble des pilotes.

Pourtant, la hiérarchie brute reste proche de celle de 2025. Maverick Viñales en est l’illustration parfaite. L’Espagnol a multiplié les essais de réglages lors de la dernière journée… pour finalement revenir à sa configuration initiale.

Un aveu à demi-mot : les solutions existent, mais la fenêtre de performance reste étroite. Sa chute en fin de séance — sans gravité — n’a fait que conclure un test studieux, sans véritable éclat.

Pedro Acosta, lui, continue de confirmer son statut de leader naturel du projet. Rapide, constant, il reste la principale arme de KTM face aux Ducati et à l’Aprilia de Bezzecchi. Mais son rythme Sprint, comparé à celui des leaders, laisse apparaître un déficit encore réel.

Derrière, Brad Binder et Enea Bastianini complètent un quatuor solide à Sepang, tandis que la structure Tech3 poursuit son intégration technique. En résumé, KTM avance… mais sans bond en avant.

Une petite éclaircie chez Honda après Sepang ?

S’il y a bien un constructeur dont la trajectoire intrigue dans ce début de saison 2026, c’est Honda. La RC213V version 2026 confirme les progrès entrevus l’an dernier, notamment depuis le passage du constructeur japonais du rang D au rang C dans le système de concessions. Un changement réglementaire qui commence à produire des effets visibles.

Joan Mir a signé le 5e temps combiné en 1’56.874, plaçant Honda dans le groupe de chasse derrière l’armada Ducati. Un résultat d’autant plus significatif que la dernière journée a été perturbée par des conditions de grip dégradées après la pluie.

Mir et Luca Marini ont tous deux reconnu que cette baisse d’adhérence avait compliqué la lecture des performances. Mais le constat global reste positif : gains moteur, meilleure stabilité, progrès aérodynamiques — notamment sur le ride height device.

Honda a clairement franchi un cap technique. Mir lui-même tempère toutefois l’enthousiasme : « S’en ficher à Ducati serait une erreur, car nous sommes loin et parce qu’ils ont continué à s’améliorer. Nous sommes conscients des limites d’adhérence que nous avons, et c’est là que nous devons nous améliorer davantage. »

Le déficit de grip reste l’obsession du HRC. Les simulations de course montrent une moto plus constante qu’en 2025, mais encore légèrement en retrait face à Aprilia et KTM sur le rythme pur. Autre fait révélateur : la panne moteur subie par la machine n°10, forçant Mir à rentrer à pied. Un rappel que la reconstruction technique n’est pas encore totalement stabilisée.

Malgré cela, le signal envoyé à Sepang est clair : Honda n’est plus décroché. La firme ailée ne gagne pas encore… mais elle recolle.

Yamaha, que dire …

À l’inverse, Yamaha quitte la Malaisie et Sepang avec probablement le plus grand nuage d’incertitudes au-dessus du paddock. Le projet V4, censé incarner la renaissance technique de la marque, a vécu un baptême du feu brutal.

Problèmes de fiabilité, roulage interrompu mercredi pour raisons de sécurité, sessions limitées ensuite avec des moteurs bridés : le programme d’essais a été profondément perturbé.

Conséquence directe : aucune lecture performance fiable. Alex Rins, meilleur représentant Yamaha, n’est que 14e en 1’57.580. Fabio Quartararo, blessé après sa chute et victime d’une fracture au doigt, pointe 17e avec son seul chrono du premier jour.

Chez Pramac, Jack Miller (18e) et Toprak Razgatlioglu (19e) découvrent une machine encore instable techniquement. Le témoignage du champion du monde Superbike résume le malaise : « On me dit que je dois conduire comme si j’étais sur une Moto2. Mais c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Ce n’est pas facile de me voir aussi bas. »

Un constat lucide, presque brutal. Le Turc découvre l’écart immense entre le WorldSBK et le MotoGP… mais aussi les limites actuelles de la M1 version V4. Même prudence imposée côté officiel : « Yamaha nous a demandé de conduire prudemment », a expliqué Alex Rins. Seul Miller a tenté une simulation Sprint, restée discrète et difficilement exploitable.

Techniquement, le potentiel existe — vitesse de pointe correcte, base châssis saine — mais la fiabilité moteur conditionne tout le développement. Et dans l’ombre plane toujours le dossier Quartararo, annoncé proche de Honda à horizon 2027. Sportivement, techniquement, politiquement : Sepang a exposé toutes les fragilités du projet Yamaha.

Un contraste violent avec les années où la M1 dictait le tempo. Aujourd’hui, la marque d’Iwata ne joue plus le titre… elle cherche d’abord à retrouver sa direction.

Sepang n’a livré qu’une photographie partielle. Les programmes moteurs, les charges d’essence, les cartographies masquent encore la vérité pure. Mais une tendance lourde se dégage.

  • Ducati domine.
  • Aprilia confirme.
  • KTM chasse.
  • Honda reconstruit.
  • Yamaha doute.

La saison est encore loin… mais la hiérarchie, elle, a déjà commencé à freiner tard à Sepang. Et pour l’instant, dans ce jeu de décélération extrême, Ducati reste celui qui ralentit le moins… pour accélérer le plus fort.

Le classement combiné des 3 jours de test à Sepang 

  1. Alex Marquez (Ducati) – 1:56.402 – 0.000
  2. Marco Bezzecchi (Aprilia) – 1:56.526 – +0.124
  3. Fabio Di Giannantonio (Ducati) – 1:56.785 – +0.383
  4. Marc Marquez (Ducati) – 1:56.789 – +0.387
  5. Joan Mir (Honda) – 1:56.874 – +0.472
  6. Francesco Bagnaia (Ducati) – 1:56.929 – +0.527
  7. Franco Morbidelli (Ducati) – 1:56.983 – +0.581
  8. Pedro Acosta (KTM) – 1:57.116 – +0.714
  9. Maverick Viñales (KTM) – 1:57.126 – +0.724
  10. Raul Fernandez (Aprilia) – 1:57.245 – +0.843
  11. Enea Bastianini (KTM) – 1:57.290 – +0.888
  12. Ai Ogura (Aprilia) – 1:57.326 – +0.924
  13. Luca Marini (Honda) – 1:57.565 – +1.163
  14. Alex Rins (Yamaha) – 1:57.580 – +1.178
  15. Brad Binder (KTM) – 1:57.590 – +1.188
  16. Johann Zarco (Honda) – 1:57.601 – +1.199
  17. Fabio Quartararo (Yamaha) – 1:57.869 – +1.467
  18. Jack Miller (Yamaha) – 1:58.156 – +1.754
  19. Toprak Razgatlioglu (Yamaha) – 1:58.326 – +1.924
  20. Diogo Moreira (Honda) – 1:58.476 – +2.074
  21. Lorenzo Savadori (Aprilia) – 1:58.566 – +2.164
  22. Augusto Fernandez (Yamaha) – 1:59.278 – +2.876
  23. Andrea Dovizioso (Yamaha) – 2:00.681 – +4.279

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Pour résumer

Les essais MotoGP de Sepang ont dessiné une première hiérarchie : Ducati domine nettement avec une GP26 déjà aboutie. Aprilia progresse, KTM reste solide, Honda reconstruit avec méthode, tandis que Yamaha inquiète entre fiabilité fragile et performance limitée avant Buriram.

Rédacteur

Dylan Ragot

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