En Syrie, dans le camp de Roj, les prisonnières djihadistes persuadées d’être bientôt « libérées »

« Nous verrons bien ce qu’il va se passer avec le nouveau gouvernement. Dans tous les cas, ce sera toujours mieux qu’eux [les Kurdes] », assène la jeune Française, âgée d’une vingtaine d’années, sortie d’une tente à la suite de sa mère, toutes deux vêtues d’un niqab. Elle reste sur ses gardes : on discerne un regard furtif lancé en direction de la membre des services de renseignement des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui surveille la scène à petite distance. Les deux Françaises, après avoir hésité, se prêtent à un début de conversation, par curiosité ou pour tuer l’ennui. Toutes deux refusent de mentionner leur nom.

Depuis le 13 janvier, les échos de l’avancée des forces gouvernementales syriennes sur le territoire de la région autonome kurde se sont propagés dans les allées du camp de Roj : une mer de tentes, perdue dans la campagne désertique du Nord-Est syrien, entourée de murs surmontés de barbelés. Ici vivent certaines des femmes, étrangères, qui ont rejoint l’organisation Etat islamique (EI). Selon l’accord du 30 janvier, qui prévoit l’intégration progressive des institutions de la région autonome à l’Etat syrien, le nouveau pouvoir doit reprendre le contrôle des camps et des prisons de la région. A Roj, cette éventualité en réjouit plus d’une. Et, selon les forces de sécurité des FDS, la tension croît de jour en jour.

Dans la section du camp de Roj où vivent des femmes djihadistes et leurs enfants (Syrie), le 4 février 2026. Dans la section du camp de Roj où vivent des femmes djihadistes et leurs enfants (Syrie), le 4 février 2026.
La tente d’une mère française et de sa fille détenues depuis 2019 dans le camp de Roj (Syrie), le 4 février 2026. La tente d’une mère française et de sa fille détenues depuis 2019 dans le camp de Roj (Syrie), le 4 février 2026.

Dans ce camp, 742 familles étrangères sont détenues, soit 2 201 femmes et enfants de 40 à 50 nationalités (les autorités ne sont toujours pas parvenues à confirmer toutes les identités) : des familles de djihadistes venus de différents pays pour s’enrôler dans les rangs de l’EI dans les années 2010, avant d’être capturés au fur et à mesure de l’effondrement du proto-Etat djihadiste. Parmi elles, 40 familles françaises, soit une cinquantaine de femmes et une centaine d’enfants.

Il vous reste 73.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/06/en-syrie-dans-le-camp-de-roj-les-prisonnieres-djihadistes-persuadees-d-etre-bientot-liberees_6665672_3210.html