Nous sommes en février 2025. L’artiste, familier du festival girondin, réalise un rêve un peu fou. Enregistrer un album dans les conditions du « live », dans ce lieu unique qu’est la salle des Dominicains. Un lieu à l’acoustique « difficile », mais réellement magique, que le jazzman rêvait d’investir. Ce rêve porte aujourd’hui un nom. Et une date de sortie. « Parfum d’azur », enregistrement atypique, « rencontre du souffle et de la résonance, où saxophone et piano se répondent dans une même respiration », sera disponible le vendredi 27 mars prochain.
Une amitié de dix ans
Les premiers extraits en ligne, prises de vues réalisées durant le concert, prennent aujourd’hui une dimension particulière. La genèse de l’enregistrement, en effet, est avant tout une histoire d’amitié. Une rencontre, comme il en existe peu, entre deux amoureux des notes, Jean-Pierre Como et Dominique Renard, président du Saint-Émilion Jazz Festival, disparu ce mercredi 28 janvier. « Dominique m’avait demandé de venir alors que je sortais l’album “Express Europa” [en 2015, NDLR], avec les chanteurs Hugh Coltman et Walter Ricci, se remémore le compositeur et musicien. Il avait craqué sur l’album. Il était même venu nous voir jouer à Londres… »
Le Baby Steinway & Sons utilisé par Jean-Pierre Como dans la salle des Dominicains. Ph. B.
Leur prestation dans la salle des Dominicains, en 2016, avait emporté le public. « Un concert absolument magnifique, se souvient Franck Binard, commissaire général du festival. Le courant est passé entre Jean-Pierre Como et Dominique Renard, une amitié faite de pure générosité, à leur image à tous les deux. » Les deux hommes reprennent date. Avec le projet « My Little Italy » notamment. Un concert « à tomber », se souvient Franck Binard, Jean-Pierre Como au piano avec Walter Ricci au chant, dans les murs du château Monlot.
Apprivoiser la salle
La salle des Dominicains ? Pour Jean-Pierre Como, la rencontre avec le lieu a été un choc émotionnel. « J’étais présent lorsqu’il faisait les balances pour le concert, lors de son premier passage. Il avait été saisi par l’émotion. À en avoir les larmes aux yeux. Il nous disait déjà vouloir y revenir en résidence, pour y créer un album. Le temps a passé. L’occasion s’est enfin présentée. » Jean-Pierre Como l’a saisie à bras-le-corps. « Je voulais enregistrer cet album dans un lieu atypique, décrypte-t-il. Mais pas dans un stade. Pas pour cette musique que je souhaitais faire », jazz mélodique teinté de classique romantique. « Je voulais un lieu chargé d’histoire », qui ait du sens, « avec des murs qui parlent… »
« Je voulais un lieu chargé d’histoire […] avec des murs qui parlent… »
Un lieu à l’acoustique malgré tout complexe, qu’il a dû apprivoiser, positionnant au mètre près le « Baby » Steinway spécialement sélectionné chez Gérard Fauvin, au Domaine musical de Pertignac, près d’Angoulême. Un lieu historique qu’il a fallu maintenir à température pour la bonne tenue des instruments. Laquelle n’allait pas toujours de soi. « Nous avons la chance, un luxe fabuleux, d’avoir avec nous l’accordeur bordelais François Guillard durant les trois jours de résidence. Il intervenait chaque fois qu’il y avait une note ou deux qui n’allait pas. » Le duo s’est reposé pour la technique sur un spécialiste reconnu du monde du jazz, l’ingénieur son Julien Bassères.
Jubilation
Jean-Pierre Como et Javier Girotto ont fait corps avec la salle. Le résultat ? Un enregistrement au son unique. « Il y a ici des résonances que l’on n’a pas en studio. » Deux journées de captation dans des conditions du live, « moment magique », marqués par le plaisir de jouer, entre rigueur, jubilation et énergie pure. « J’ai été bluffé par les enregistrements. Le sax est magnifique, énorme et beau, totalement fluide… Cette résidence était un véritable cadeau »
« Parfum d’azur », Jean-Pierre Como et Javier Girotti, L’Âme Sœur Production / L’Autre Distribution / IDOL. Sortie vendredi 27 mars.
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