
C’est une première qui s’est jouée, à bas bruit, dans une salle du 6e étage du tribunal correctionnel de Paris, mardi 3 février. Quatre prévenus, Zdravko D., Dalibor D., Georgevik I. et Soniga M. étaient renvoyés devant les juges pour « blanchiment aggravé », grâce au mécanisme de la présomption de blanchiment appliqué – c’est là la nouveauté – à leurs biens immobiliers. Jusqu’ici, cet outil n’avait été utilisé que pour renvoyer des mis en cause devant un tribunal sur la base des fonds qu’ils détenaient sans justification.
Sous des dehors techniques, la présomption de blanchiment, introduite en décembre 2013 à la suite de l’affaire Cahuzac, simplifie les enquêtes financières, tout en restant strictement encadrée. Elle permet de renverser la charge de la preuve : c’est au mis en cause, et non plus à la justice, de prouver l’origine licite de son patrimoine et de démontrer que le montage tarabiscoté qu’il a employé (prête-noms, sociétés offshore, espèces à profusion…) n’avait pas des fins de dissimulation. Une manière pour la justice de sanctionner un enrichissement injustifié, sans avoir à prouver la faute originelle.
Dans ce dossier, le tribunal s’est penché sur l’acquisition par ce clan d’origine serbe d’un pavillon et de trois immeubles situés à Villemomble, Sevran et Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), entre 2001 et 2013 pour une valeur totale estimée à 1,8 million d’euros. La justice les soupçonne d’avoir acheté ces immeubles pour convertir leur mise de départ, possiblement obtenue de manière illicite, en source de revenus légaux grâce à la perception de loyers.
Casiers judiciaires
Trois d’entre eux disposent d’un casier judiciaire. Georgevik I., qui se présente comme « décorateur de mariages et anniversaires », avait été condamné en Allemagne en 2019 pour tentative d’escroquerie. Soniga M., jardinière intermittente, avait été rattrapée pour faux en 2008 en Belgique, pour vol en 2010 en Italie, pour tentative de vol en réunion en 2012 en Allemagne et pour vol en 2018 en Espagne. Dalibor D., un temps chauffeur-livreur chez Amazon, avait, lui, été condamné à huit ans d’emprisonnement en Belgique en 2021 pour avoir dirigé une « organisation criminelle » à l’origine de vols sur des personnes « particulièrement vulnérables », rappelle à l’audience la juge en égrainant les casiers judiciaires. Incarcéré en 2022 après des mois de fuite, il était sorti des geôles wallonnes en 2025 avec une promesse d’embauche.
Il vous reste 59.09% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/04/a-la-premiere-audience-de-presomption-de-blanchiment-immobilier-d-ou-vient-cet-argent_6665371_3224.html