Il était venu à Monaco pour jouer la victoire. Il en est reparti avec des points… et surtout avec beaucoup de colère à évacuer. Adrien Fourmaux n’a pas seulement analysé son Rallye Monte-Carlo, il a surtout lâché une charge frontale contre une réglementation qu’il ne comprend plus — et qui, selon lui, fait reculer le WRC.
Sportivement, le Nordiste a dû ravaler ses ambitions très tôt. Un jeudi soir piégeux, un vendredi plombé par des problèmes techniques, mais aussi un dimanche à haute intensité qui a permis de limiter la casse. Dix-sept points au championnat et trois scratchs en Rally1 pour sauver le bilan de Fourmaux. Mais derrière les chiffres, le fond du discours est ailleurs.
Fourmaux le raconte sans détour au micro de Rallye-Sport, en découpant son Monte-Carlo comme une épreuve à part entière :
« Je pense que l’on peut découper ce rallye en trois parties. Le jeudi soir d’abord, avec de gros écarts dès le début, mais ça allait encore après deux spéciales. Dans la 3e, on prend un mélange de brouillard et de fumigènes, je n’avais jamais vu ça. On se retrouve à s’arrêter dans l’herbe en cherchant une épingle qui était une dizaine de mètres plus tard. C’était vraiment frustrant de perdre autant de temps sur un truc comme ça.
Dès le premier soir, on savait qu’on ne pouvait plus vraiment être dans la bagarre devant. Se retrouver dans cette situation après avoir autant travaillé avant le rallye était vraiment dur à encaisser. Je n’avais jamais roulé autant avant une épreuve. Entre le Dévoluy, les essais en Rally2, et la journée en Rally1, on n’a pas arrêté.
Le vendredi matin n’est pas super, mais on reste dans la bagarre avec Thierry derrière les Toyota. En repartant de l’assistance du midi, on a tout de suite un problème électrique. (…) Il y avait deux choses importantes pour faire une bonne après-midi : la rampe de phares (…) et aussi avoir un frein à main fonctionnel. Malheureusement, on a oublié de vérifier le frein à main en liaison. »
Et la sanction est immédiate : « Dans la première épingle de la spéciale 7, le frein à main ne fonctionne pas comme prévu et bloque les quatre roues. (…) Il a fallu faire plusieurs marches arrières dans les épingles, c’était vraiment une situation compliquée. On prend en plus une pénalité pour un pointage en retard. »
Le dimanche, enfin, redonne le sourire : « Le dimanche, on fait une très bonne journée avec trois scratchs en Rally1. (…) C’est un peu dommage, mais on repart quand même avec 17 points, ce qui est plutôt bien par rapport à tout ce qu’il a pu se passer pendant le rallye. »
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Fourmaux : « On régresse, et personne ne sait où on va »
Mais c’est loin des chronos que Fourmaux lâche sa véritable bombe. Interrogé sur la future réglementation technique, le Français ne cherche ni à arrondir les angles ni à temporiser. Il est clairement agacé, presque inquiet.
Son constat est brutal : « En quelques années, on continue de régresser en performances. On nous a enlevé l’hybride et nos 500 cv, pour finalement réduire la puissance depuis deux ans, et enfin se retrouver en Rally2. C’est très décevant. »
Et la suite est encore plus sévère de la part de Fourmaux : « J’espère qu’ils reviendront un peu sur les décisions en modifiant la bride pour avoir plus de puissance. Je pense que ça offrirait un meilleur spectacle à tout le monde (…) Il faudrait aussi que les Rally2 fassent plus de bruit. Esthétiquement aussi, les voitures ne sont pas vraiment sexy et il faudrait peut-être plus d’aéro. L’attente des spectateurs n’est clairement pas la même en spéciale. »
Fourmaux ne s’arrête pas là et met en doute la lisibilité même du futur WRC : « Je ne sais pas aussi comment ils vont gérer la situation entre les nouvelles voitures “WRC27” qui sont seulement des Rally2 avec un châssis tubulaire. Personne ne sait pour l’instant le niveau de performances entre les deux voitures, et vers quelle équipe se tourner. Je pense que cette réglementation va perdre un peu tout le monde. »
Avant de conclure, amer : « Si les deux catégories sont vraiment proches en termes de performance, on va se retrouver dans une situation un peu bizarre (…) En tout cas, rien n’est clair pour moi, et je pense que c’est le cas de tout le monde. »
Un constat sans appel d’Adrien Fourmaux. À force de vouloir simplifier, le WRC risque surtout de se compliquer la vie. Et si la réglementation continue de brouiller le message, même les pilotes finiront par lever le pied… pas sur la spéciale, mais dans l’enthousiasme.
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Pour résumer
Adrien Fourmaux quitte Monte-Carlo frustré mais lucide. S’il sauve des points, le Français s’inquiète surtout d’une future réglementation WRC qu’il juge confuse, moins spectaculaire et en régression. Un coup de colère qui met la FIA face à ses responsabilités.
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