
Laurine Gillot jette des coups d’œil nerveux à sa montre. Les enfants sont enfin à la sieste, son beau-frère ne devrait pas tarder à rentrer de l’usine pour prendre la relève. Après ses sept heures au Lidl de Bouzonville (Moselle), cette trentenaire, mère de deux enfants, s’apprête à troquer son tee-shirt de cheffe de caisse pour son écharpe de maire (sans étiquette) de Berviller-en-Moselle, 460 habitants et cinq éoliennes, à la frontière franco-allemande.
Même gymnastique à Gellin (Doubs), un village de 267 habitants à la frontière franco-suisse : aidée par sa secrétaire de mairie, Emilie Cessin, 36 ans, jongle entre les appels pour les canalisations gelées, la clôture du budget 2025, la préparation de ses vœux et l’attention que lui réclame Téa, 2 ans, dont les jeux tapissent le carrelage. Coup d’œil à l’horloge : « Faudra pas qu’on oublie Lina au car à 12 h 10. »
Ni Laurine Gillot ni Emilie Cessin n’avaient prévu de passer l’écharpe de premier magistrat. Encore moins à cette période charnière où il leur faut concilier entrée dans la vie active et entrée dans la vie de famille. Leurs profils tranchent avec la figure traditionnelle du maire, en écrasante majorité un homme de 60 ans, souvent retraité (selon une étude de l’Association des maires de France-Cevipof-Sciences Po datant de 2023). En 2020, seules 41 femmes de moins de 30 ans ont été élues maires, dont 35 en milieu rural. Soit 0,1 % de l’ensemble des 34 885 maires de France, selon une enquête inédite conduite par le géographe Achille Warnant pour un programme de recherche public (L’Europe des projets architecturaux et urbains).
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