Des djihadistes de l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) ont tué, dans la nuit de mercredi 28 à jeudi 29 janvier, des dizaines de personnes, dont des soldats, dans l’Etat de Borno (nord-est du Nigeria), dans un contexte de recrudescence des violences dans ce pays et de pressions diplomatiques liées à la sécurité nationale, ont déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) des sources locales et médicales.
L’insurrection djihadiste a fait plus de 40 000 morts et déplacé environ deux millions de personnes dans le nord-est de la nation la plus peuplée d’Afrique depuis son déclenchement en 2009, selon les Nations unies.
« Le bilan s’élève à plusieurs dizaines de morts (…) et de nombreux soldats sont portés disparus », a dit à l’AFP Ibrahim Liman, membre d’un groupe d’autodéfense antidjihadiste, à propos de la récente attaque dans l’Etat de Borno.
Vingt corps, dont ceux de cinq soldats, de quinze ouvriers du bâtiment et de chasseurs locaux, ont été transportés à l’hôpital général de Biu, situé à 45 km de Sabon Gari, où l’attaque a eu lieu, selon M. Liman.
Bukar Yamta Ali, secrétaire d’un groupe de chasseurs à Yamarkumi, localité située à l’extérieur de la zone administrative locale de Biu, ainsi que deux infirmières de l’hôpital de Biu, ont confirmé avoir récupéré des corps et des blessés évacués de Sabon Gari.
Les victimes travaillaient sur le pont de Wajiroko, reliant les villes de Biu et Damboa, détruit l’an dernier par des djihadistes et en reconstruction. Les ouvriers regagnaient la base de Sabon Gari, située à cinq kilomètres, pour y passer la nuit.
Pressions américaines
Cette embuscade est survenue deux jours après une autre attaque de l’Iswap, qui a tué neuf soldats nigérians et fait une dizaine de disparus aux abords de la ville de Damasak, dans l’Etat de Borno, près de la frontière avec le Niger.
L’Iswap, issu d’une scission de Boko Haram en 2016, concentre ses attaques sur les forces de sécurité, sans pour autant épargner les civils dans cette région. Bien que la violence djihadiste ait diminué depuis dix ans, elle s’est propagée aux pays voisins, le Niger, le Tchad et le Cameroun. Les inquiétudes grandissent quant à une résurgence de la violence dans certaines parties du nord-est, où les groupes insurgés restent capables de mener des attaques meurtrières malgré des années d’opérations militaires.
Ces derniers mois, les Etats-Unis ont critiqué l’incapacité du Nigeria à endiguer les violences. Le président américain, Donald Trump, a dénoncé une prétendue « persécution » des chrétiens – un argument longtemps utilisé par la droite religieuse américaine – alors que les tueries touchent chrétiens et musulmans sans discrimination. Ces accusations américaines sont fermement rejetées par le gouvernement nigérian et la plupart des experts.
Les Etats-Unis ont lancé des frappes aériennes surprises le jour de Noël, dans l’Etat de Sokoto, indiquant avoir visé des djihadistes liés au groupe Etat islamique. Abuja a déclaré avoir approuvé ces frappes. Les deux Etats veulent renforcer leur coopération en matière de sécurité pour lutter contre les djihadistes.
Parmi les formes de violence en hausse ces derniers mois au Nigeria figurent les enlèvements de masse perpétrés par des bandes criminelles, appelées « bandits », qui agissent sans revendication idéologique et réclament des rançons. Plusieurs écoles, villages et lieux de culte ont été visés dans le pays par ce type d’attaque. Le dernier enlèvement massif en date a eu lieu fin janvier dans l’Etat de Kaduna (nord), où plus de 170 personnes ont été enlevées dans plusieurs églises, une attaque initialement niée par la police, suscitant une vive controverse.
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