
L’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA) et le leader européen de la santé en ligne, Doctolib, ont scellé un partenariat ambitieux. En créant une équipe de recherche commune, les deux acteurs entendent transformer l’intelligence artificielle en un véritable « copilote » pour les soignants et un compagnon de route pour les patients.
Jusqu’à présent, l’IA médicale reposait essentiellement sur la reconnaissance statistique de motifs (ou « patterns »). Si un algorithme peut identifier une tumeur sur une radio, il est souvent incapable d’expliquer son cheminement. Le projet Inria-Doctolib vise à franchir une étape cruciale : passer d’une IA de prédiction à une « IA de raisonnement ».
L’objectif est de garantir une « IA de confiance, “made in Europe”, qui respecte les principes de transparence et d’éthique ». Au lieu de livrer une réponse brute, l’IA devra exposer son argumentation logique. Cela change tout pour le médecin, qui pourra analyser chaque étape du raisonnement (ex. : « Je suspecte cette pathologie en raison de la combinaison du symptôme A et de l’antécédent B ») et ainsi conserver un contrôle critique complet sur le diagnostic.
L’un des défis majeurs de la recherche portera sur la causalité. Pour éviter des erreurs absurdes – comme confondre une habitude de vie (porter un briquet) avec une cause biologique (le tabac provoquant le cancer), l’équipe commune développera des modèles capables de comprendre les liens réels de cause à effet. En croisant les données de capteurs, l’environnement et l’historique médical, l’IA pourra estimer l’état de santé actuel et futur avec une précision inédite.
Un soin plus juste et plus rapide
Le partenariat se concentre sur deux applications prioritaires. Tout d’abord, optimiser le parcours patient. En analysant les données mondiales et l’historique clinique, l’IA aidera à réduire l’errance médicale, particulièrement pour les maladies rares, en suggérant des pistes de diagnostics précoces. En effet, plus une tumeur est détectée tôt, plus il est facile d’en limiter la croissance et son impact sur l’organisme.
Le deuxième objectif principal est d’affiner le diagnostic clinique. L’outil pourra émettre des hypothèses, en quantifiant son propre niveau d’incertitude. Cette transparence permettra au praticien d’évaluer la fiabilité de la suggestion de la machine avant de prendre une décision.
L’objectif de l’équipe va au-delà de la guérison de la maladie. Elle vise à créer des systèmes qui peuvent suggérer les meilleures mesures préventives (vaccins, dépistages) en tenant compte de la psychologie de l’utilisateur. Le défi consiste à transformer une recommandation médicale en un comportement durable dans le temps.
Pour François Cuny, directeur général délégué à l’innovation chez Inria, « ce partenariat dépasse le cadre technique. Il s’agit de structurer un véritable écosystème français de la santé numérique, capable d’attirer les meilleurs talents internationaux tout en garantissant la souveraineté et la protection des données de santé ».
En somme, l’IA de demain ne remplacera pas le médecin. Elle lui permettra toutefois d’offrir une analyse plus poussée, ce qui entraînera un soin plus juste et plus rapide.