Vers la fin de l’autoradio ? L’Arcom tire la sonnette d’alarme face aux constructeurs

C’est une voix qui nous a longtemps bercés dans nos voitures, presque depuis que l’automobile s’est démocratisée et a envahi les routes. Une présence familière et rassurante, devenue indissociable de nos trajets du quotidien comme des longues escapades.

Les nouvelles voitures n’ont plus de radio : la nouvelle tendance qui n’est pas la bienvenue

Aujourd’hui pourtant, cette voix pourrait peu à peu s’effacer, bousculée par de nouvelles tendances qui gagnent du terrain chez les constructeurs, bien décidés à redéfinir l’expérience à bord.

Derrière ce qui pourrait passer pour un simple ajustement d’équipement se joue en réalité un bouleversement bien plus profond. Oui, les constructeurs invoquent la réduction des coûts et la rationalisation des composants. Mais en filigrane, c’est tout un écosystème qui vacille.

Car l’autoradio n’est pas qu’un élément de confort intégré au tableau de bord. C’est un pilier historique. En France, près de 30 % de l’audience totale de la radio se fait en voiture. Autrement dit, effacer progressivement ce support, c’est toucher à plus d’un tiers des habitudes d’écoute. Pour les stations, déjà fragilisées par la concurrence des plateformes de streaming et des podcasts, la voiture reste l’un des derniers bastions : un espace gratuit, universel, et accessible sans abonnement ni connexion permanente. Supprimer l’autoradio, ce ne serait pas retirer un simple bouton ou un module électronique. Ce serait potentiellement priver la radio de son territoire le plus fidèle, celui des trajets quotidiens, des embouteillages matinaux et des longues routes estivales.

Plus de stations de radio dans les voitures à l’avenir : la levée de boucliers de l’Arcom

C’est précisément ce que redoute Arcom. Dans une récente tribune publiée dans Les Échos, l’un de ses membres, Romain Laleix, met en garde contre une tendance de fond : certains constructeurs pourraient tout simplement ne plus intégrer de récepteur radio dans leurs véhicules. Une stratégie qui permettrait de contourner l’obligation européenne d’intégrer le DAB+… en supprimant purement et simplement toute radio.

Le signal d’alerte est venu après la présentation des nouvelles Tesla Model 3 et Tesla Model Y, dépourvues de récepteur AM/FM. Mais le phénomène ne concerne pas que l’électrique premium. Sur des modèles plus accessibles comme les Dacia Spring et Sandero ou certaines versions de la Citroën C3 et la Fiat Grande Panda, l’autoradio disparaît aussi des finitions d’entrée de gamme. Officiellement, cette évolution s’inscrit dans une logique de réduction des coûts et d’optimisation industrielle. Mais elle s’accompagne aussi d’un discours séduisant : celui d’une nouvelle expérience à bord, plus connectée, plus fluide, où le smartphone devient le véritable centre de commandement. Navigation, musique, informations en temps réel… tout transite désormais par l’écran que l’on a déjà dans la poche. Une promesse de simplicité moderne, qui redessine en profondeur notre manière de vivre l’automobile.

Problème : passer par le téléphone, c’est introduire un intermédiaire – plateforme, constructeur, système d’exploitation – entre la station radio et l’auditeur. Et ce tiers pourrait décider quelles radios sont visibles… ou non. Un enjeu de pluralisme autant que de concurrence.

Car oui, au-delà de la question économique, l’Arcom rappelle aussi le rôle crucial de la radio en cas d’urgence. Contrairement aux réseaux mobiles, elle fonctionne même lorsque les infrastructures sont défaillantes. Face à cette évolution, le régulateur plaide pour une réponse européenne claire : obliger les constructeurs à garantir un accès effectif et simple à la radio numérique dans tous les véhicules neufs.

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Pour résumer

De plus en plus de constructeurs suppriment l’autoradio sur certains modèles récents, invoquant la réduction des coûts et la montée en puissance du smartphone comme centre multimédia. Cette évolution inquiète l’Arcom, qui redoute une disparition progressive de la radio dans les voitures, alors que près de 30 % de son audience en France se fait en automobile. Au-delà de l’aspect économique, le régulateur alerte aussi sur un enjeu de pluralisme et de sécurité, la radio restant un média accessible même en cas de défaillance des réseaux mobiles.

Jéthro Tissot

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