« Depuis dix ans, la droite républicaine est tiraillée entre le centre et l’extrême droite sans parvenir à trouver son point d’équilibre »

La très longue interview accordée vendredi 13 février par Bruno Retailleau, le président du parti Les Républicains (LR), au Figaro Magazine pour accompagner sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2027 est un modèle du genre. Tous les thèmes ressassés par le Rassemblement national (RN) – perte de souveraineté, impuissance publique, déclin nataliste, danger migratoire, crise de l’autorité – sont méthodiquement déclinés.

La remise en cause de l’Etat de droit, esquissée par l’ancien patron du groupe LR au Sénat lors de ses précédentes interventions, est confirmée et détaillée. Sous le prétexte de rendre le pouvoir au peuple et de circonscrire celui des juges, l’élargissement du champ du référendum aux questions d’immigration, de justice et de sécurité est revendiqué, de même que la primauté du droit national sur le droit européen. « Un copié-collé de nos propositions », a ironisé, dimanche sur France Inter, Jean-Philippe Tanguy, le président délégué du groupe RN à l’Assemblée nationale.

Après avoir acquis une certaine notoriété en devenant ministre de l’intérieur des gouvernements de Michel Barnier puis de François Bayrou (2024-2025), Bruno Retailleau joue sans complexe l’air de la rupture avec le macronisme dans l’espoir de retenir un électorat de droite de plus en plus sensible aux sirènes de l’extrême droite. Face à la fragilisation du RN qui ne saura pas, avant le 7 juillet, date du jugement en appel du procès des assistants parlementaires européens, qui de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella le représentera à l’élection présidentielle, le chef de LR mène une offensive idéologique décomplexée alliant libéralisme économique, conservatisme sociétal et souverainisme juridique. Un cocktail qui se prétend sérieux, mais ouvre la boîte de Pandore sur le plan du fonctionnement démocratique et de la relation à l’Union européenne.

Absence de consensus

Depuis dix ans, la droite républicaine ne cesse de se radicaliser. L’évolution des protagonistes de la primaire de 2016 ou de leurs héritiers le confirme. Il ne viendrait plus à l’esprit d’Edouard Philippe de faire campagne sur le thème de l’« identité heureuse » comme l’avait alors fait Alain Juppé, son mentor.

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