Ce paillis décoratif très populaire empoisonne discrètement les oiseaux de votre jardin sans que vous le sachiez

Moineaux, mésanges, rouge-gorges… Quand ils s’installent au jardin, les oiseaux apportent couleurs, chants et surtout un sérieux coup de main contre les pucerons, chenilles ou petits coléoptères. Beaucoup de jardiniers multiplient nichoirs, mangeoires et arbustes fruitiers pour les attirer. Pourtant, un détail beaucoup plus discret peut saboter ces efforts : le matériau posé au pied des massifs et des arbustes.

Dans de nombreux jardins, l’entrée de la maison, les bordures de pelouse ou les massifs sont recouverts d’un paillis très décoratif, souvent uniformément noir, rouge ou chocolat. Ce revêtement garde l’humidité, limite les mauvaises herbes et donne un aspect net en toute saison. Mais derrière ce décor impeccable se cache parfois un invité beaucoup moins sympathique pour les oiseaux et pour le sol.

Pourquoi le paillis compte pour un jardin accueillant pour les oiseaux

Les oiseaux interagissent en permanence avec le paillage. Ils y fouillent pour y trouver insectes, larves, graines tombées, petits vers, mais aussi des morceaux de bois ou de fibres pour construire leur nid. Un paillis organique non traité entretient toute une microfaune qui sert de garde-manger. Pour un jardin accueillant pour les oiseaux, ce tapis au sol n’est donc jamais un simple détail décoratif.

Quand ce paillis est un paillis teinté, très sombre ou très vif, fabriqué à partir de bois recyclé, le tableau change. Ce matériau paysager est apprécié parce qu’il se décompose lentement et garde sa couleur très longtemps. Pourtant, la façon dont il est produit peut introduire dans le jardin des substances indésirables qui touchent directement le sol, les insectes… et donc les oiseaux qui s’en nourrissent.

Paillis teinté : quand le bois recyclé devient un risque

Le paillis coloré est obtenu en broyant du bois puis en l’imbibant de colorants, souvent rouge, noir ou brun. Pour réduire les coûts, il utilise fréquemment des matériaux de récupération : palettes, chutes de chantier, bois de démolition. Ce bois peut contenir d’anciens traitements comme l’arséniate de cuivre chromé (CCA), un fongicide et insecticide puissant longtemps employé sur les bois extérieurs avant son interdiction pour les usages résidentiels en 2003.

Selon le maître jardinier Ron Kujawski, « la conclusion est que le CCA (arséniate de cuivre chromé) et d’autres produits chimiques toxiques ont été trouvés contaminant le sol où le paillis en bois coloré a été appliqué ». Ces propos sont rapportés par l’Université du Massachusetts Amherst. Autrement dit, ces traitements migrent peu à peu vers la terre, touchent les invertébrés qui y vivent, puis remontent toute la chaîne alimentaire, jusqu’aux oiseaux qui picorent ou fouillent dans ce paillis.

Quelles alternatives au paillis teinté pour un jardin accueillant pour les oiseaux

Pour éviter ces risques, le plus simple reste de privilégier un paillis organique non teinté. Copeaux de bois issus d’arbres locaux, écorces naturelles, feuilles mortes broyées ou compost mûr créent une couche protectrice qui retient l’humidité et nourrit le sol. En se décomposant, ces matériaux alimentent les champignons, insectes et vers dont se régalent ensuite les oiseaux insectivores du jardin.

Si votre jardin est déjà couvert de paillis coloré, mieux vaut réserver ce matériau aux zones où les oiseaux se nourrissent peu et ne plus en rajouter. Autour des mangeoires, des bains d’oiseaux ou des haies basses, remplacer progressivement le paillis teinté par des matériaux naturels limite leur exposition. À chaque nouveau massif, choisir d’emblée un paillis simple et vivant devient alors un vrai coup de pouce pour la biodiversité.

Sources