Devenir chauffeur de taxi n’a rien d’un jeu : cette professionnelle explique pourquoi tant de candidats échouent

À première vue, le métier de chauffeur de taxi semble couler de source. Une voiture, un permis, un sens de l’orientation, et le tour serait joué. Dans l’imaginaire collectif, il incarne même une voie rapide vers une certaine indépendance financière. Une vision simpliste, largement nourrie par l’essor des plateformes VTC, qui a brouillé les frontières et entretenu la confusion.

Mais sur l’asphalte, la réalité rattrape vite les rêveurs. « Beaucoup pensent pouvoir s’improviser taxi du jour au lendemain », soupire Stéphanie, chauffeuse professionnelle interrogée par Brut. Or, derrière le volant, le taxi n’est pas un amateur éclairé, mais un professionnel formé, certifié, contrôlé. Un statut qui ne s’obtient ni par hasard ni par facilité.

Cette confusion coûte cher. Chaque année, de nombreux candidats échouent ou abandonnent, surpris par la rigueur du parcours. Car le taxi n’est pas seulement un conducteur : il est aussi un connaisseur du territoire, un gestionnaire, un garant de la sécurité publique.

Examens, carte pro : la première barrière invisible

Premier mur à franchir : l’obtention de la carte professionnelle. Stéphanie le rappelle sans détour : « Il faut passer le certificat de capacité professionnelle de conducteur de taxi, le CCPCT ». Un sésame national, doublé d’un examen départemental, car la carte n’est valable que sur un territoire précis. Autrement dit, le taxi doit connaître son département comme sa poche.

Au programme : épreuves théoriques, cartographie poussée, réglementation du transport public, mais aussi une épreuve de conduite sous l’œil scrutateur d’un inspecteur. Rien d’improvisé. Une formation de 50 à 300 heures est vivement recommandée pour espérer réussir. Ceux qui s’y présentent sans préparation le paient souvent cash.

Cette exigence explique en partie pourquoi tant de candidats échouent. Le métier réclame de la rigueur, de la mémoire, du sang-froid. Le GPS ne remplace ni la connaissance du terrain, ni la capacité à anticiper. Et l’examen, impitoyable, se charge de rappeler que la route n’est pas une salle de jeu.

Licence, véhicule, assurances : le prix de l’indépendance

Réussir l’examen ne signifie pourtant pas l’arrivée. Une autre étape, souvent décisive, attend les futurs taxis : l’obtention de la licence, appelée autorisation de stationnement. Sans elle, impossible de marauder ou d’exercer en toute indépendance. Et c’est ici que le rêve se heurte au portefeuille.

La licence peut être demandée gratuitement en mairie ou en préfecture, mais les délais sont parfois interminables. Beaucoup choisissent alors de l’acheter à un autre chauffeur. Le prix ? Entre 30 000 et 300 000 euros selon les zones. Une somme vertigineuse, à laquelle s’ajoutent le coût d’un véhicule conforme, les assurances spécifiques, l’entretien, les charges.

Face à ces contraintes, certains se tournent vers la location de licence ou le salariat. Des solutions intermédiaires, certes, mais qui réduisent l’autonomie et les marges. Le taxi indépendant, lui, avance seul, souvent à crédit, avec la pression de rentabiliser chaque kilomètre.

Taxi contre VTC : deux routes, deux mondes

La comparaison avec les VTC revient sans cesse. Eux aussi doivent suivre une formation et passer un examen, mais le parcours reste plus court, moins coûteux, moins encadré. Une différence qui alimente frustrations et incompréhensions, mais qui souligne surtout la spécificité du taxi.

Profession historique, le taxi reste étroitement régulé, garant d’un service public de transport. Cette rigueur est aussi sa force. Elle protège le client, valorise le savoir-faire et explique pourquoi, malgré les obstacles, ceux qui réussissent défendent farouchement leur métier.

Un parcours exigeant, mais pas inaccessible

Devenir chauffeur de taxi n’est pas impossible. Mais c’est un engagement. Un choix réfléchi, mûri, préparé. Ceux qui échouent sont souvent ceux qui ont cru au mythe. Ceux qui réussissent savent que derrière le volant, il y a bien plus qu’un compteur et un rétroviseur : il y a un métier, au sens noble.

Pour résumer

Souvent perçu comme facile, le métier de chauffeur de taxi est en réalité l’un des plus encadrés. Entre examens exigeants, carte professionnelle, licence coûteuse et investissements lourds, cette professionnelle démonte les idées reçues et explique pourquoi tant de candidats échouent avant même de démarrer.

Jules Sessiwede

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