Narcotrafic : l’Assemblée vote l’extension de la protection des lanceurs d’alerte, malgré l’opposition du gouvernement

Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, à l’Assemblée nationale, le 11 février 2026. Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, à l’Assemblée nationale, le 11 février 2026.

Sous le regard de la mère du militant Amine Kessaci, doublement endeuillée, l’Assemblée nationale a voté jeudi 12 février à l’unanimité pour étendre la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic, contre l’avis du gouvernement, lors de la niche parlementaire des écologistes.

Placée en première position de sa journée annuelle réservée dans l’hémicycle, cette proposition de loi écologiste planifie d’étendre le dispositif de protection des victimes, témoins et repentis déjà existant à des personnes qui ne sont pas impliquées dans une procédure judiciaire.

Elle a été adoptée en première lecture avec les voix de la gauche. Le reste de l’Hémicycle s’est abstenu, disant partager l’objectif du texte, mais doutant de l’efficacité du dispositif proposé par la députée Sandra Regol (écologiste). « Nous pouvons envoyer un message aux trafiquants, à ceux qui violentent, à ceux qui tuent (…). En donnant à celles et ceux qui parlent et agissent aujourd’hui sans cadre et sans protection, une protection adaptée pour continuer à le faire », a défendu dans l’hémicycle cette députée.

Opposition du ministre de l’intérieur

Le texte prévoit que les services locaux de police et de gendarmerie mettent en place ces mesures, et qu’un « service national » soit saisi lorsque « le caractère sérieux de la menace le justifie ». Ces mesures pourraient aller de la simple inscription d’un numéro de téléphone sur une liste prioritaire à l’attribution d’une identité d’emprunt, en passant par le fait de bénéficier d’une protection rapprochée ou de disposer d’un téléphone grave danger.

Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, s’est prononcé contre, estimant « qu’au-delà de l’intention », qui est « louable », l’Etat « garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée », que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif. A l’inverse, ce texte ferait courir un « risque » d’affaiblir les dispositifs déjà existants, juge-t-il.

Le ministre a adressé son soutien à Ouassila Benhamdi Kessaci, qui vit, elle aussi, sous protection policière après l’assassinat de son fils Mehdi dans un probable « crime d’intimidation », en représailles à l’engagement de son autre fils Amine dans la lutte contre le narcotrafic.

« Se donner bonne conscience »

Membre du parti Les Ecologistes, et candidat à Marseille sur la liste du maire sortant, Benoît Payan, Amine Kessaci a encore dû être exfiltré d’un meeting à Aix-en-Provence, la semaine du 2 au 8 février à la suite d’une alerte de sécurité. « La première fois qu’il [Amine] a eu des menaces, c’était au mois d’août, ils [les services de police] ont protégé Amine, ils nous ont laissé nous. On n’a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant ils le savaient tous », a déploré Mme Kessaci lors d’une conférence de presse après le vote.

« On doit dire stop à la criminalité. Ils donnent des armes aux enfants de 14 ans pour tuer, et après ils se font tuer et se font calciner », a lancé, larmes aux yeux, cette mère de famille dont le fils Mehdi est mort en novembre 2025, cinq ans après l’assassinat de son frère Brahim, dans un narchomicide.

Lors des débats, plusieurs députés ont reproché au groupe écologiste de vouloir « se donner bonne conscience » avec ce texte, comme Michaël Taverne (Rassemblement national), les accusant de voter systématiquement contre tout moyen supplémentaire donné à la police pour lutter contre le narcotrafic.

La suite de la niche parlementaire des écologistes – la journée consacrée à leurs textes – devrait être beaucoup plus agitée. Plusieurs sources parlementaires anticipent ainsi que les débats n’iront pas au-delà de la deuxième ou de la troisième proposition de loi, sur un total de neuf. La deuxième porte sur la protection de l’eau potable, et la troisième sur la concentration des médias.

Le Monde avec AFP

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