
Le 13 février 2006, Ilan Halimi était retrouvé mourant [à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne] après vingt-quatre jours de calvaire. Il avait été enlevé, séquestré et torturé par le « gang des barbares » qui voulait obtenir une rançon. Ces individus pensaient que la famille de ce vendeur de téléphones portables de 23 ans était riche parce que juive. La dimension antisémite, sous-estimée lors de l’enquête policière, n’a pas été pleinement reconnue à l’époque. Le procès des coupables, en 2009, l’a pourtant confirmée.
En 2006, une mobilisation de soutien a été organisée. Elle a confirmé le déni d’une partie de la gauche à l’égard de l’antisémitisme, déni observé depuis le début du siècle. L’extrême gauche – notamment la Ligue communiste révolutionnaire et Lutte ouvrière – et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) se sont abstenus de participer à la manifestation organisée le 26 février 2006. Leurs explications : la présence de l’extrême droite – dont les organisateurs refusaient pourtant la participation – et le refus de stigmatiser les milieux populaires, d’où étaient issus les tortionnaires d’Ilan.
Le reste de la gauche – Parti socialiste, Parti communiste, les Verts – appelait à manifester, mais sans mobiliser ses troupes. La presse du lendemain relevait l’isolement des juifs venus manifester. Le Monde du 27 février indiquait : « La mobilisation a surtout concerné la communauté juive, de laquelle la majorité des manifestants se réclamaient. » Pour Le Nouvel Observateur du 2 mars, « seuls ou presque, des juifs défilent contre l’antisémitisme ». Un isolement qui contrastait avec les grandes manifestations [d’octobre] 1980 après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, et de [mai] 1990, moment de la profanation au cimetière de Carpentras (Vaucluse).
En 2006, Marine Le Pen, influente au sein du Front national (FN, aujourd’hui Rassemblement national) – encore dirigé à l’époque par son père –, pousse son parti à soutenir la manifestation, contre l’avis de Jean-Marie Le Pen. Le FN explique alors aux juifs qu’il veut les défendre contre un supposé danger musulman. Marine Le Pen, qui deviendra en 2011 présidente du parti, inaugurait sa politique de « dédiabolisation »… en diabolisant les musulmans. Elle n’a pas cessé depuis, utilisant les thèses de ceux pour qui la haine des juifs ne viendrait que des banlieues populaires, et notamment de sa minorité musulmane, thèses qui ont pour effet de dédouaner l’extrême droite.
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