« L’indépendance des banques centrales n’est pas un caprice technocratique »

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine racontait en 2025 : « Je n’ai pas fait d’économie parce que je trouvais ça ennuyeux et inutile » : le job de chef de banque centrale a en effet longtemps été plutôt rébarbatif. Pendant des décennies, diriger une banque centrale fut aussi l’un des emplois les plus discrets du pouvoir. Peu de conférences de presse. Aucune campagne. Le gouverneur idéal était celui dont on oubliait le nom. La politique monétaire se voulait technique, parfois ennuyeuse, précisément pour rester à distance des passions partisanes. Cette époque est révolue.

Lundi 9 février, François Villeroy de Galhau a annoncé qu’il quittera la Banque de France en juin 2026. Son départ intervient plus d’un an avant le terme prévu de son mandat. Sa décision intervient alors que les sondages placent le Rassemblement national (RN) en tête de la présidentielle de 2027. En partant plus tôt, il permet à Emmanuel Macron de nommer son successeur avant une éventuelle alternance politique.

Officiellement, le gouverneur de la Banque de France invoque le sentiment d’avoir accompli sa mission et sa prise de la présidence de la fondation des Apprentis d’Auteuil. Mais ce calendrier ne peut être dissocié du contexte politique. Le poste de gouverneur, même indépendant en droit, est un levier stratégique. Il compte aussi pour la politique de la Banque centrale européenne (BCE), où Christine Lagarde a salué un gouverneur « loyal et dévoué au bien commun de la France et de l’Europe ».

Un poids politique considérable

Le choix du successeur aura des effets durables. Le mandat est de six ans et dépasse la prochaine élection présidentielle. Une fois nommé, le gouverneur ne peut être révoqué que dans des cas exceptionnels. Cette architecture offre à la nomination un poids politique considérable, à un moment où les banques centrales sont devenues des acteurs centraux de la vie publique.

Aux Etats-Unis, la trajectoire de Jerome Powell montre la même évolution. La Réserve fédérale, longtemps en dehors du débat partisan, est désormais au cœur de la confrontation politique. Donald Trump a attaqué Powell publiquement, l’a traité de « mule obstinée » et a menacé de révoquer son mandat.

Il vous reste 54.06% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Cet article a été publié en premier sur https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/10/l-independance-des-banques-centrales-n-est-pas-un-caprice-technocratique_6666160_3232.html