
Le scrutin municipal inaugure la cavalcade électorale des Français vers des terres inconnues. Au lendemain du second tour du 22 mars va s’ouvrir la théâtralisation des imaginaires de conquête pour la présidentielle. La rampe de lancement aura un côté irrésistible. Qui sera sur le devant de la scène ? La nouvelle France et le souverainisme national. Autrement dit, les écuries “Insoumis” et “Rassemblement national”. L’omniprésence de leaders à l’argumentaire d’une simplicité parlante n’explique pas tout.
Comme dans un jeu de vases communicants, “l’éclipse du politique” au sommet de l’État entraîne le transfert de la perception nationale des citoyens vers les consultations locales.
En fait, la nationalisation du scrutin va conforter la “victoire” post-municipales des récits LFI et RN. Qu’importe que les résultats électoraux soient parcellaires, voire décevants. Comme dans un jeu de vases communicants, “l’éclipse du politique” au sommet de l’État entraîne le transfert de la perception nationale des citoyens vers les consultations locales. Au sein des collectivités, l’enjeu régalien de la sécurité cher au RN est devenu prioritaire. Au sein des bulletins, le vote “jeune” et des quartiers en faveur des Insoumis agrège le sentiment d’une force collective. Jusqu’à présent ces mouvements restaient enfouis. À la dernière présidentielle, la débâcle à moins de 5 % de suffrages des candidates des partis de gouvernement LR et PS de la Ve République est restée masquée. L’ancrage territorial de leurs élus les a sauvés. Las, la corde de rattrapage va casser sous le choc du grand révélateur des alliances de second tour.
Le socialisme municipal survivra, mais sans imaginaire social-démocrate présidentiel à cause des accords techniques conclus dans nombre de communes avec la gauche radicale (même si l’état-major PS gronde). Outrances calculées ou pas, Jean-Luc Mélenchon ne doute pas de son hégémonie culturelle sur l’ensemble de l’ex-front populaire. Côté Les Républicains, le récit d’une autonomie visible va se perdre dans les villes perdues à cause de l’aimant RN. Le bloc central enfin n’arrivera pas à se détacher de son statut de victime expiatoire du rejet du macronisme. Seule une situation internationale prégnante peut tout renverser.
Jean-Michel Lamy
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