Des clients achètent des produits au marché alimentaire des Capucins dans le centre de Marseille, dans le sud de la France, le 27 janvier 2026. MIGUEL MEDINA / AFP
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Plus de deux ans d’attente pour un résultat encore « frileux ». Le gouvernement a enfin publié ce mercredi 11 février sa Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc). Cette stratégie, issue de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience qui en a résulté en 2021, est censée définir l’action du gouvernement d’ici 2030 pour une alimentation saine et moins émettrice de gaz à effet de serre.
Source de controverses, le document aurait dû être présenté avant juillet 2023. Malgré le délai supplémentaire que s’est accordé le gouvernement pour construire ce plan, sa version finale console à peine les acteurs de la santé et de l’environnement qui la jugent timorée.
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L’absence d’objectif immédiat sur la diminution de la consommation de produits ultra-transformés, la priorité donnée à la « limitation » de la consommation de viande et non à sa « réduction »… Le texte contient une série de nuances et d’approximations, qui font regretter au collectif associatif France Assos Santé son manque de « courage ». « Le Nouvel Obs » revient sur les grandes lignes de la Snanc.
• Réduire le gaspillage, déployer l’affichage environnemental…
Le texte, publié par les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé comporte une vingtaine d’objectifs comme faciliter l’accès au suivi diététique par des professionnels de santé à différents âges de la vie, lutter contre la sédentarité ou encore mobiliser l’ensemble de la chaîne alimentaire pour réduire le gaspillage alimentaire.
Conformément à la loi AGEC, la France s’est engagée à réduire le gaspillage alimentaire de 50 % à l’horizon 2025 pour la restauration collective et la distribution, et à l’horizon 2030 pour les autres secteurs. La Snanc entend poursuivre cette ambition grâce à des mécanismes d’accompagnement, des campagnes de communication et une simplification des informations sur les dates de péremption des produits.
Sur le volet environnement, le texte appelle à « déployer l’affichage environnemental volontaire encadré pour les produits alimentaires mis sur le marché », et à « objectiver les critères environnementaux des cahiers des charges des allégations et labels privés », notamment pour lutter contre le greenwashing.
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L’un des objectifs phares de la Snanc, à l’origine de nombreuses tensions, est celui d’une « évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS (le programme national nutrition santé, NDLR) ». A savoir « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viandes et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée ».
• « Limiter » plutôt que « réduire » la consommation de viande
Si la Snanc n’hésite pas à parler de réduction du gaspillage alimentaire, la feuille de route est plus frileuse à employer un tel registre d’action quand il s’agit de la consommation de viande. En effet, la stratégie pour l’alimentation préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie », et non une réduction.
L’alimentation représente pourtant près d’un quart de l’empreinte carbone des Français, dont 61 % issus des « produits d’origine animale ». Mais les négociations ont été particulièrement âpres sur la formulation concernant la consommation de viande.
Le terme de « limitation » dans la consommation de viande est souvent employé au ministère de l’Agriculture. Le mot « réduction » figurait dans le projet initial et était défendu par le ministère de la Transition écologique.
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Ce remplacement avait déjà entraîné un premier blocage en septembre de la publication de la stratégie par Matignon, qui souhaitait remplacer l’idée de réduction par « une consommation de viande équilibrée ». En effet, comme l’a rapporté « Le Monde », une version de la Snanc était prête à la publication pour le 5 septembre, mais le cabinet du Premier ministre – François Bayrou à cette période – s’était opposé à la mention de « réduction ». Les rédacteurs de la Snanc se sont donc disputés à plusieurs reprises sur le terrain sémantique, hésitant entre les verbes « réduire », « limiter » ou encore « modérer ».
• « Beaucoup d’angles morts malgré certaines avancées »
« On est soulagés que cette stratégie soit sortie, on avait très peur qu’elle soit enterrée », a déclaré à l’AFP Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé, qui rassemble les principales associations de patients. « Mais on attendait une stratégie beaucoup plus courageuse ». La responsable associative évoque plusieurs « renoncements ». Elle y voit l’influence de « lobbies agroalimentaires » et regrette un manque de volonté pour encadrer la publicité contre la « malbouffe » ciblant les mineurs.
Serge Hercberg, co-créateur du Nutri-Score, s’est lui aussi félicité que « la Snanc sorte enfin ». « Le texte fait un constat lucide de la situation nutritionnelle et environnementale et des grands enjeux qui y sont liés » et comporte « des propositions d’intérêt ».
Mais le spécialiste regrette « une frilosité et une timidité sur certains points comme l’absence d’avancées majeures en termes de réglementation de la publicité et du marketing pour éviter une surexposition, notamment des enfants, à la promotion d’aliments » dont « la consommation excessive (est) délétère pour la santé ».
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Concernant la consommation d’aliments ultratransformés, il regrette l’absence « d’un objectif immédiat de réduction », avec « un report d’une prise de décision pourtant dès à présent justifiée en termes scientifique et de santé publique ».
Le ministère de l’Agriculture était réticent à cibler ces aliments, jugeant les risques insuffisamment définis. Le document final appelle à plus d’études sur le sujet, sans se prononcer sur des mesures dédiées. Le caractère flou et peu chiffré des différentes recommandations, notamment vis-à-vis de la viande est aussi épinglé.
Pour l’ensemble de ces raisons, le Réseau action climat (RAC), qui fédère plusieurs ONG environnementales, estime que le texte comporte « beaucoup d’angles morts malgré certaines avancées ».
Cet article a été publié en premier sur https://www.nouvelobs.com/societe/20260211.OBS112300/strategie-alimentation-climat-limitation-de-la-consommation-de-viande-renoncements-ce-qu-il-faut-retenir.html