Un avenir très incertain pour l’hélicoptère franco-allemand Tigre

Le programme Eurocopter EC665 Tigre, fruit d’une collaboration franco-allemande débutée en 1975, a connu de nombreux succès opérationnels contrebalancés par d’importantes difficultés de coopération, illustrant les défis des partenariats internationaux dans l’industrie de la défense. Alors que le projet de modernisation, le Tigre Mark III, visait à pérenniser cet hélicoptère, le retrait de l’Allemagne soulève des questions sur son avenir.

L’Eurocopter EC665 Tigre est un hélicoptère d’attaque franco-allemand développé et construit par Airbus Helicopters (anciennement Eurocopter) dont les premières discussions ont débuté en 1975 et le premier vol en 1991. La production en série de l’appareil a été lancée à partir de 2002. Le Tigre est un appareil considéré comme une véritable réussite sur le plan technique et qui a fait ses preuves sur plusieurs théâtres d’opérations (Afghanistan, Libye, Mali). Le programme Tigre est précurseur et terrain d’expérimentation des intégrations industrielles franco-allemandes avec Eurocopter et ensuite Airbus Helicopters.

Un programme conduit grâce à une volonté politique forte

Néanmoins, ce programme est assez similaire au programme actuel SCAF, entre une coopération laborieuse revisitant les principes d’organisations et la difficile répartition des tâches entre ingénieurs français et allemands. Les débuts ont été très conflictuels entre la France et l’Allemagne avec des intérêts et objectifs divergents donnant des compromis difficiles à trouver, le programme fût même annulé en 1986 avant d’être repris. Le programme a finalement pu aboutir grâce à la forte volonté des politiques allant à l’encontre des cultures totalement différentes des deux armées. Cependant cela a généré plusieurs modifications du nombre d’appareils commandés et augmenté de 74% le coût unitaire. La commande initiale était de 215 appareils pour 8,899 Mds€ passant ensuite à 120 appareils pour 6,588 Mds€.

Opérationnel depuis 2005, le Tigre nécessite une rénovation à mi-vie afin de garder son système d’arme et l’avionique à jour avec le programme Tigre Mark III en collaboration avec l’Allemagne et l’Espagne. Cela comprend une communication avec les drones ainsi que le système scorpion de l’Armée de Terre, l’emport du nouveau missile MHT de chez MBDA, un ensemble qui devrait permettre de maintenir le Tigre au-delà de 2040. Cependant l’Allemagne a décidé de se retirer du programme laissant ainsi les Français et les Espagnols seuls à en assurer le développement ainsi que le financement (2,8 milliards et 1,8 milliards respectivement).

Une position allemande en partie liée aux leçons du conflit en Ukraine

Le manque de disponibilité opérationnelle et les leçons tirées du conflit en Ukraine, où les hélicoptères modernes se trouvent vulnérables face aux défenses sol-air, poussent les Allemands à renoncer à la modernisation de l’appareil. Ils seront progressivement retirés du service à partir de 2031. D’autre part, ces derniers jugent que la modernisation n’apporterait rien de plus innovant. Cela représente 51 appareils en moins à rénover et affecte directement les économies d’échelle. Côté français, l’avenir de l’hélicoptère de reconnaissance et de combat est également remis en question. Sébastien Lecornu s’interrogeait en février 2023 sur l’efficacité de l’appareil une fois modernisé : « Est-ce qu’on n’aura pas un super hélicoptère déjà démodé [avec les drones] ? J’assume poser la question publiquement ».

En conséquence, le projet de Loi de programmation militaire 2024-2030 confirme la réduction des ambitions en approuvant le Tigre Mark 2+. Le PDG d’Airbus Helicopters Bruno Even a tout de même annoncé en novembre 2023 qu’un accord a été convenu entre la DGA et l’Armée de Terre. Cela permettra de maintenir les 42 hélicoptères français et les 18 espagnols en vol jusqu’en 2040-45. De plus, les missiles Akeron LP et le missile air-sol tactique futur (MAST-F) de MBDA ne seront pas équipés sur la version 2+ du Tigre. Pour les « missiles haut de trame » Akeron, c’était un contrat de 500 exemplaires pour un montant de 700 millions d’euros qui était initialement prévu.

L’emploi des hélicoptères fait face à un dilemme soulevé par le général Schill : « préserver des compétences humaines, tactiques et technologiques que nous avons mis des décennies à acquérir et qui se perdraient rapidement après une décision d’abandon, ou prendre résolument un virage qui semble correspondre à l’actualité immédiate de la guerre. » Car sans cette modernisation, le Tigre sera confronté à une fin de vie plus rapide, une aubaine pour les hélicoptères italiens et américains au détriment de l’industrie de défense européenne.

Maximilien de Frescheville pour le club Défense de l’AEGE

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